Avec « La Orange mécanique », Laurent Obertone a voulu nous plonger dans la réalité criminelle où la France, dit-il, a sombré avec la complicité de la justice et des élites. Pourquoi pas. L'idée en soi est bonne, mais hélas son livre est extrêmement mal fait. C'est un fourre-tout, quelque chose qui ne sait pas se situer entre article-fleuve, essai ou pamphlet.

Essentiellement, Obertone a passé le râteau sur les faits divers qu'il aligne au fil des pages pour démontrer que nous vivons un temps d'horreur absolue auprès de quoi tout ce qui a pu se dérouler dans le passé n'est que du pipi de chat. Il en est sûr : l'homme est intrinsèquement mauvais, les enfants sont des ordures, la justice est pourrie, le est nul, les Arabes et les Noirs sont tous des assassins et, sans la criminalité, la France ne serait pas en déficit (sic). Il bombarde des statistiques sans les étayer par un référencement correct et, de chemins de traverse en raccourcis, il balance à tout va des assertions fumeuses comme des vérités d’évidence (c'est sans doute ce que certains louent comme un « humour » extraordinaire ?). Globalement, il n'y a pas de réflexion calme et étayée, et encore moins de pistes vers des solutions pour sortir de cet enfer où nous sommes tous supposés vivre. En effet, à part la prison pour tous et les camps de rééducation pour les autres, on ne voit pas bien ce qui serait susceptible d’apaiser les angoisses funestes et atrabilaires de ce jeune homme.

Plus que Houellebecq ramené ici dans l’arène – et quel rapport y a-t-il entre ce bouquin et un roman de Houellebecq, sinon qu'on a reproché à ce dernier de haïr l'islam ? –, Laurent Obertone lorgnerait plutôt du côté de Céline, mais il est bien loin d'en avoir le souffle. Et pas non plus celui de Philippe Muray dont il se réclame aussi. Surtout, on ne sait pas – lui le premier, semble-t-il – ce qu'est ce livre, sinon un fourre-tout à vocation apocalyptique qui ressemble plus à une interminable compilation de faits divers qu'à un essai. En cela, on serait tenté d’avancer l’idée que c’est un livre dangereux. Non pas, comme l’affirme l’auteur, parce qu’en révélant des vérités que tout le monde s’applique à cacher il déjouerait le « grand complot » qui nous menace, mais parce qu’il va alimenter la boîte à fantasmes déjà pleine du café du commerce. Le a ses limites et l’on ne peut prétendre faire un portrait objectif de notre société en se bornant à la recension exclusive des crimes et délits qui s’y commettent. Avec la même technique, on pourrait tout aussi bien en brosser un tableau parfaitement idyllique qui ne serait pas plus honnête.

Bref, et pour finir : si ce jeune homme de 28 ans voit réellement la vie comme il prétend nous la décrire, il ferait mieux de courir se jeter dans la Seine toutes affaires cessantes ! Et qu’il se console : on ne lui veut aucun mal.

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29 janvier 2013

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