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Editoriaux - Société - 26 mars 2013

La France craque de se sentir oubliée et menacée…

On vient de l’apprendre : alors que la société Saur, numéro trois de l’eau en France, qui emploie 12 000 salariés, est menacée de redressement judiciaire (elle ne peut honorer 2 milliards d’euros de dettes, consécutives à des montages risqués dans lesquels 63 banques seraient impliquées, dont la BNP à hauteur de 500 millions d’euros), Olivier Brousse, son directeur général, a perçu un bonus de 200 000 euros, sans que l’État — actionnaire à 38 % via un fonds stratégique d’investissement (une faillite de la société lui coûterait 350 millions d’euros) — n’y trouve apparemment à redire. La direction déplore quant à elle… « la divulgation de l’information » !

Ulcérés, les salariés menacent de se mettre en grève. « Dans cette période difficile, l’exemple devrait venir d’en haut (…), alors que l’on demande toujours plus d’efforts aux salariés », gronde le représentant de l’intersyndicale. Sans doute pensaient-ils que l’avènement d’un gouvernement socialiste les protégerait « au moins » de ce genre de turpitude. Encore raté.

Un coup de butoir de plus dans cette « France qui craque » dont parlait lundi matin une journaliste sur l’antenne d’Europe 1, évoquant pêle-mêle la manifestation monstre de dimanche, le score du FN dans l’Oise, l’impopularité historique du président de La République, les grèves d’Aulnay-sous-Bois, l’attaque du RER façon far west de la semaine passée, sans trouver d’autre point commun, entre tous ces événements, qu’une immense exaspération prête à exploser. Forcément : le salarié syndiqué d’Aulnay ou de Saur et le catho bon teint qui constituait le gros des troupes de dimanche, c’est un peu la carpe et le lapin, on ne les imagine pas, n’est-ce pas, marcher main dans la main. À moins que ces foyers épars de révolte sourde qui grondent à travers toute la France, contre toute attente, finissent par se rencontrer…

Pourquoi, pour être rarement socialiste, le catholique serait-il pour autant un chantre du capitalisme libéral sauvage, ce capitalisme libéral sauvage qui a mis la plus-value au-dessus de l’homme, et qui est en train d’assassiner les salariés de Saur, de PSA et d’ailleurs ? La doctrine sociale de l’Église n’a-t-elle pas toujours inlassablement renvoyé dos à dos ces deux écueils comme la peste et le choléra ? Sans doute le patron n’est-il pas, pour le catholique, l’incarnation du diable, comme essaient de le faire croire depuis des lustres les partis de gauche et leurs supplétifs syndiqués à leur piétaille, les lançant dans une lutte des classes haineuse, envieuse et mortifère. Sans doute considère-t-il la mission de « patron » comme belle et noble, conscient des multiples difficultés et responsabilités inhérentes à sa fonction, quand il traite ses salariés comme un bon père de famille. Mais quelle sorte de père de famille partirait avec le coffre-fort sous le bras pendant que la maison brûle avec ses enfants à l’intérieur ?

Tous ces foyers de révolte s’élèvent contre la paupérisation galopante du pays. Paupérisation matérielle pour les uns, paupérisation morale pour les autres dont cette loi dite du mariage pour tous constitue la fine pointe, manteau de misère et d’illusion pour une micro-population souffrante qui la réclame à grands cris mais ne s’en trouvera pas apaisée. Deux visages de la pauvreté que le nouveau pape a unis dans la même évocation lors d’une de ses premières allocutions officielles.

La vérité est que si, en France, il est question de mariage aujourd’hui, c’est celui du socialisme mondialiste et du capitalisme libéral sauvage, dont la « boutade » de Bergé concernant la location des ventres des femmes est l’emblème éclatant.

Mais cette union existe de façon secrète depuis bien longtemps puisque ce sont conjointement une recherche débridée de profit de la part du capitalisme dévoyé et les aspirations idéologiques du socialisme qui ont fait venir en France une population étrangère toujours plus importante constituant une main-d’œuvre à bon marché pour les uns et un nouveau prolétariat, un socle électoral à flatter pour les autres, sans s’inquiéter des conséquences — pour les Français comme pour cette population — de ce déracinement ni de savoir si le gâteau « France » serait suffisant. Et la délinquance explose, le vote Front national ne cesse de croître.

De Saur à La manif pour tous, la France « craque » de ne pas être entendue, de se sentir oubliée et délaissée. Et si, d’aventure, le grondement social des uns rejoignait le grondement sociétal des autres dans un seul Printemps français, dont les affiches que l’on a vues ici et là dimanche dernier (« On veut du boulot, pas du mariage homo ! », « La priorité c’est Aulnay, pas le mariage gay ! »), sont peut-être les premières hirondelles, il serait judicieux, en haut lieu, de reconstituer en urgence les stocks de gaz lacrymogène…

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