Challenges est le nom d’un magazine économique – tendance libérale – qui se veut sérieux. Ces jours-ci, sur son site éponyme, on peut trouver un billet intitulé : “Brexit : les Britanniques commencent à payer la facture.”

Ah bon ? Et comment cela se fait-il, puisque l’article 50 du traité de Lisbonne n’a pas encore été activé ? Que nous dit ce billet ? La livre sterling baisse et les importations coûtent plus cher, et puis c’est tout. Voyons ce qu’il en est.

Premièrement, le Brexit, comme je viens de le suggérer, n’a pas encore eu lieu, donc dire que les Britanniques payent la facture du est faux. Ce qu’il y a, c’est une spéculation à la baisse de la livre. Or, d’un point de vue strictement économique, il n’y a aucune raison pour que la livre baisse ; au contraire, même, puisque le est le deuxième plus gros contributeur net au budget de l’Union européenne. Son commerce extérieur est-il menacé ? Pas le moins du monde puisqu’il est certain que le Royaume-Uni continuera de faire partie de l’OMC. Les banquiers vont-ils déserter la City ? Jamais, car ce sont l’Histoire et la langue qui ont fait de la City ce qu’elle est et non la participation du Royaume-Uni à l’Europe.

Cette spéculation à la baisse du sterling n’est rien d’autre que l’effet d’une prophétie autoréalisatrice : on vend la livre parce que quelqu’un a dit (difficile de savoir qui a été le premier, probablement un économiste de banque) que la livre devrait baisser et, par voie de conséquence, elle baisse. Pourquoi a-t-on dit que la livre allait baisser ? Chacun a sa théorie. La mienne est que l’on a voulu punir les Anglais et donner un avertissement aux futurs candidats à la « liberté ». Les acteurs du marché ont suivi comme des moutons de Panurge parce qu’il est politiquement incorrect de penser le contraire.

Deuxièmement, il est impossible que chez Challenges on ignore que la baisse du sterling a aussi eu pour effet immédiat de provoquer un boom des acheteurs étrangers à Londres, car l’information a été relayée par toutes les agences économiques spécialisées. Or, pas un mot là-dessus dans l’article en question, et c’est bien dommage car l’indice des ventes au détail de juillet publié ce jour en dit long : +1.4 % contre +0.2 % attendus.

Troisièmement, ne nous a-t-on pas longtemps bassiné que l’euro était trop cher, qu’il fallait qu’il baisse, etc. ? Ce qui est vrai pour la monnaie unique ne le serait pas pour la livre ?

Alors, Challenges, un magazine sérieux ? Moi je dis non, juste une feuille de chou pour colporter la bien-pensance et conforter les bobos dans leurs certitudes.

19 août 2016

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