Malgré l’appréciation « Travail et résultats très insuffisants, doit envisager une autre orientation », formulée par 80 % des Français, François Hollande souhaite de nouveau « faire ses preuves ». Il cherche donc à se reconstituer une base électorale qui lui permette de ne pas être éliminé au premier tour de l’élection présidentielle et de se retrouver face à Marine Le Pen, qu’il espère vaincre. Décidément, il se complaît dans la posture d’élu par rejet de son adversaire.

Lors d'un discours prononcé le 6 mai au Conseil économique, social et environnemental, il a voulu se concilier la jeunesse. Il s’est également porté au secours de Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole d’une réforme du collège unanimement critiquée, à l’exception de ses inspirateurs. Comme un bonimenteur sur les marchés, qui vante sa camelote, il a même déclaré sans vergogne : « J’entends le concert des immobiles, ce sont souvent les plus bruyants, ceux qui, au nom de l’intérêt général supposé, défendent leurs intérêts particuliers ». Propos malvenu pour quelqu’un qui n’aspire qu’à sa réélection. Prétendant incarner une République exemplaire, il donne l’exemple d’un parfait démagogue.

L’opposition de droite lui fait la leçon, mais est-elle pour autant digne de foi ? N’est-elle pas conduite par l’opportunisme, cousine de la démagogie, quand elle dénonce l’égalitarisme dans la réforme du collège ? En effet, si ces critiques sont fondées, ceux qui ont soutenu des réformes de même inspiration - le libéralisme et le pédagogisme ont toujours fait bon ménage - devraient pour le moins reconnaître leurs erreurs. Il était piquant d’entendre récemment un député UMP accuser, lors des questions au gouvernement, la réforme du collège d’être « une entreprise méthodique de déconstruction des fondements de notre nation et de la République » ou réclamer qu’on continuât d’enseigner « les racines chrétiennes de l’Europe », oubliant sans doute la responsabilité de Jacques Chirac, en 2004, dans l’abandon de cette mention dans la Constitution européenne. Que n’a-t-il prononcé les mêmes paroles quand il était dans la majorité !

Tous ces comportements portent atteinte à la nature même de la démocratie, pervertie par des démagogues qui feraient bien de relire Montesquieu ou Tocqueville. Ils sont, en outre, d’une hypocrisie et d’un cynisme inégalés. Peu leur chaut, en rejetant l’élitisme républicain qui fit la grandeur de l’enseignement et permit la promotion sociale, d’assassiner des milliers de Mozart potentiels, étouffés dans la médiocrité : les enfants des milieux informés et fortunés, les pistonnés de tout poil, leurs propres enfants pourront toujours s’inscrire dans des établissements publics privilégiés ou dans des écoles privées sous contrat ou hors contrat. L’excellence sera ainsi réservée à quelques-uns, alors qu’elle devrait être accessible à tous, en fonction de leurs talents et de leurs efforts, quel que soit leur milieu d’origine.

De même que la démagogie corrompt la démocratie, la médiocratie, en se substituant à la méritocratie, tue la véritable égalité.

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8 mai 2015

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