La déception Obama dans la communauté noire des États-Unis

L’illusion « Obama » se dissipe avant qu’il ne quitte la scène. Le microcosme médiatique français n’a cessé de le porter au pinacle. Les politiciens de notre pays, à droite et à gauche, ont sombré dans l’Obamania, dont le comble a été atteint avec son prix Nobel de la paix décerné prématurément par ses amis sociaux-démocrates norvégiens. Sous des dehors de bon mari et père de famille attentif, d’Américain moyen proche des gens, Obama a été le vecteur d’une idéologie camouflé en icône. Après l’héritier d’une dynastie pétrolière texane, façon Dallas, doublé d’un conservateur va-t-en-guerre, la silhouette élégante, la démarche souple et un certain sens de la formule du premier « Noir » élu à la présidence des États-Unis avaient séduit.

Avec lui, l’Amérique qui avait menti, qui avait répandu la guerre, qui faisait peur laissait place à un pays exemplaire. Le mandat précédent avait commencé par une catastrophe politique avec les attentats du 11 septembre, s’est poursuivi avec l’ouragan Katrina en 2005 et s’est achevé par un désastre financier avec la crise des subprimes et la chute de Lehman Brothers en septembre 2008. Il n’était pas difficile au nouveau président d’incarner une nouvelle Amérique. Avec lui, elle tournait la page de la discrimination raciale dont les habitants afro-américains de la Nouvelle-Orléans avaient pointé la persistance. Avec lui, à la réponse guerrière de l’administration Bush succédait une extension pacifique de la démocratie. Avec lui, et sa promesse d’« obamacare », les États-Unis ouvraient une ère de solidarité sociale à l’égard des plus démunis. Avec lui, enfin, après la crise et la montée du chômage, l’Amérique retrouvait la voie de la prospérité.

Mais aujourd’hui, la déception monte dans la « communauté » noire des USA. Celui qui symbolisait la fin de toute ségrégation n’aura finalement réussi qu’à attiser les aigreurs. En stigmatisant le racisme de la police, en dénonçant « un grave problème », Obama aura amorcé un mouvement de protestation, qui s’est traduit par l’assassinat de cinq policiers par un ancien militaire noir. La stratégie victimaire et non violente pour attirer la compassion du public par le biais des médias a été télescopée par le terrorisme qui inverse victimes et compassion. Martin Luther King a été doublé par Malcolm X. Obama, coincé entre les deux mouvements contraires, a botté en touche en désignant, à son habitude, les armes comme coupable principal. C’était le seul argument de campagne qui lui restait.

L’inégalité entre les Noirs et les Blancs aux États-Unis n’est pourtant pas une découverte. Elle se traduit sans doute par une justice plus sévère à l’égard des premiers. Mais la dangerosité statistique de la population afro-américaine est un fait. Sur 165.068 meurtres commis entre 2000 et 2010, on dénombre 4.157 Noirs tués par des Blancs (879 sont policiers ), 37.345 Blancs par des Blancs, 8.062 Blancs par des Noirs, 46.852 Noirs par des Noirs. Les meurtres interraciaux sont minoritaires, mais la surcriminalité des Afro-Américains qui ne représentent que 13 % de la population est avérée, puisqu’ils ont été responsables de 52 % des homicides entre 1980 et 2008. Elle explique, en partie, un taux d’incarcération de 40 % et des réactions policières parfois expéditives.

L’icône communautaire aura donc déçu. Sa dénégation de la division des Américains est un aveu. Loin de les unir, en développant le thème communautaire, il aura accentué les fractures. En fait, l’enthousiasme des bobos du journalisme parisien pour le personnage réside dans le partage de l’idéologie de la nouvelle gauche. Le prolétariat industriel a diminué en nombre et n’hésite pas à voter pour la droite conservatrice car il se sent menacé dans son identité et dans son existence même. La gauche libertaire ne songe nullement à le protéger. Elle est pour la mondialisation des échanges, le remplacement des populations, la discrimination positive en faveur des minorités. Obama aura été le représentant idéologique américain « soft » de cette tendance.

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