La crise perpétuelle de l’agriculture française

La crise qui frappe notre agriculture touche tous les secteurs ou presque. La récolte de blé, victime des pluies de juin, a diminué de 30 %. Comme nous sommes le seul pays touché, la perte ne sera pas compensée par une hausse des prix mondiaux. Le lait est en surproduction au niveau européen et coûte, chez nous, 15 % plus cher que dans le reste de l’Union européenne. Bruxelles promet des aides, qui se font attendre, pour ceux qui diminueront leur production. Les agriculteurs vont s’en prendre à Lactalis, coupable de s’approvisionner moins cher hors de l’Hexagone. Mais cette firme est plus un symbole que la source des problèmes. Le prix du bœuf s’effondre depuis 2014 et est désormais en dessous du prix de revient ! Le marché du porc est, au mieux, convalescent. Les faillites récurrentes dans le secteur des volailles montrent que celui-ci n’est pas en bonne santé. La météo a également affecté les maraîchers et les producteurs de fruits.

Bref, la crise est générale alors que, d’habitude, une seule catégorie est atteinte et que les autres vont plus ou moins bien. Il y a deux raisons conjoncturelles : la météo capricieuse et l’embargo russe qui nous prive de débouchés (pris par des concurrents et que nous ne récupérerons pas forcément lorsque nos relations se seront réchauffées avec le Kremlin).

Mais la raison de fond de cette quasi-faillite est celle-ci : notre agriculture dépend des subventions. Du coup, le marché ne joue pas son rôle et les prix n’ont guère de sens. Aussi, quand tout va mal, les agriculteurs harcèlent-ils le gouvernement pour augmenter la plus importante source de revenus : les aides publiques. On entend deux types de critiques contre ce modèle.

La première est libérale : laissons faire le marché et le contribuable fera de substantielles économies. Mais on signera, alors, la mort de l’agriculture européenne, balayée par les Américains et les Canadiens. On achètera nos produits à l’étranger et, au final, cela nous coûtera bien plus cher. D’autre part, au niveau planétaire, la quantité de nourriture produite baissera dramatiquement. Or, la faim dans le monde a reculé depuis la sombre décennie 70 grâce au maintien de la production européenne.

L’autre critique est plus écologiste. Le modèle qui fait faillite est productiviste. De plus, il épuise les sols et ne pourra éternellement maintenir les rendements. Le bio se porte bien et est plus respectueux de la nature. Mais passer au tout biologique est un fantasme de bobos. On pourrait, certes, nourrir l’Europe mais les pauvres de ce continent ne mangeraient plus à leur faim car le prix de la nourriture augmenterait fortement. Et l’Afrique, qui dépend de nous sur le plan alimentaire, connaîtrait d’affreuses famines. Néanmoins, il faudrait faire évoluer nos pratiques agricoles pour conserver les sols et développer le bio.

Nous sommes condamnés à mettre des rustines, c’est-à-dire augmenter les subventions. C’est une très mauvaise solution, mais c’est la moins mauvaise !

À lire aussi

Retraites : est-il possible de spolier une partie des Français sans qu’ils râlent trop ?

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleNicolas Canteloup caricature à merveille le Pr…