La presse est prise en otage. Par le syndicat CGT de Presstalis, la principale messagerie qui assure la distribution des quotidiens nationaux et des magazines dans toute la France. Son dernier fait d’armes : une nouvelle fois, mercredi, les journaux n’étaient pas dans les kiosques. Quand on connaît la situation de la presse, on comprend l’inquiétude de ses patrons…

Ces actions de guérilla, une trentaine au total, durent depuis des mois. Depuis que Presstalis, déficitaire de longue date – au point d’avoir frôlé le dépôt de bilan en mai dernier –, a signé un accord avec l’État et les éditeurs qui devrait se traduire par 1 200 suppressions d’emploi sur les 2 500 salariés que compte l’entreprise. Près de 50 % des effectifs ! Il faut dire que la messagerie perd deux à trois millions d’euros par mois. Aucune raison de s’arranger, d’ailleurs : on prévoit que la vente des journaux devrait chuter de… 25 % au cours des quatre prochaines années.

Que le syndicat du Livre CGT se comporte de façon suicidaire ne fait pas l’ombre d’un doute. Les 1 200 qui vont perdre leur job n’ont plus rien à craindre. À disparaître, ils entraîneraient bien toute la presse avec eux, au fond du trou.

Mais il faut rappeler qu’ils ont bénéficié, pendant des décennies, de conditions de travail en partie responsables de la situation désastreuse des journaux français. Des effectifs pléthoriques, un monopole syndical sur l’embauche, des salaires à faire des envieux partout ailleurs dans de l’imprimerie – un rotativiste touche 4 500 euros brut par mois pour 32h30 de travail nocturne : la CGT a sa part dans le naufrage actuel. Et quand on entend ses dirigeants nous expliquer qu’ils se battent contre « la casse d’un acquis démocratique reposant sur les valeurs de la », on pouffe de rire. On devrait plutôt parler de leurs avantages acquis…

Nos patrons de presse, quant à eux, crient au « scandale » et parlent, pour reprendre les mots de Marc Feuillée du Figaro, « d’un conflit insoutenable ». On a envie de leur rétorquer qu’il aurait fallu se réveiller un peu plus tôt, savoir dire non, ne pas toujours se déculotter, aborder ces problèmes ailleurs qu’autour d’un bon gueuleton ou sous le tablier. Mais on achetait la paix sociale en fermant les yeux sur les violences, les petits trafics, les amitiés douteuses. On en paie le prix aujourd’hui.

À Boulevard , nous pourrions nous en réjouir. La de la presse écrite pourrait bien faire notre bonheur. Même pas.

10 février 2013

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