Quand bien même on ne partage pas la foi des missionnaires, on peut avoir du respect voire de l’admiration pour leur démarche. Ainsi les Témoins de Jehovah qui prennent racine, chaque samedi et dimanche, sur un coin du marché ; ainsi les pentecôtistes qui sillonnent la capitale, binômes en costume et chemise blanche, la Bible à la main. Ici, à Toulon, ce sont les jeunes frères en soutane blanche – ceux-là même qui ne plaisent pas au pape – qui abordent leurs concitoyens sur le cours Lafayette ou les plages du Mourillon. Ils ont tous la foi rayonnante et l’offrent en partage. De vrais missionnaires, sans fausse casquette et au nom de l'Église.

Curieusement, l’esprit missionnaire existe aussi hors du champ religieux. Quoique… on s’aperçoit en effet qu’il est des religions et des dogmes qui n’avouent pas leur nom. Leurs missionnaires sont des militants de la cause, leur sacerdoce est politique.

Ainsi en est-il des braves bénévoles de la Croix-Rouge française qui, cet été encore, arpentent les plages pour répandre la bonne parole. L’opération s’intitule « la Caravane de l’exil » et s’est donné pour but de sensibiliser les vacanciers. « Ils traversent l’ouest et le sud de la France en 17 étapes : avec ce dispositif de sensibilisation à la migration, bénévoles et salariés vivent une expérience extraordinaire, celle d’une communauté de volontaires voulant tordre le cou aux préjugés sur la route des vacances », lit-on sur le site de la Croix-Rouge française.

« C’est l’esprit des colonies de vacances qui rencontre celui du bénévolat », écrit cette vénérable institution. Je vous avoue que j’ai eu un instant de frayeur : « l’esprit des colonies… » Une fraction de secondes mon cœur a bondi. Heureusement, les vacances m’ont sauvée de l’infarctus.

Nous voilà donc devant « un dispositif itinérant qui traverse la France pour sensibiliser les vacanciers à la thématique de la migration ». Agathe Landel, responsable de la caravane, explique : « Au sein de notre pôle, on faisait déjà de la de préjugés, on s’est dit qu’il serait intéressant d’utiliser les grandes vacances, quand les gens ont plus de temps et sont davantage disponibles mentalement, pour approfondir ce travail. » Comme quoi le temps de cerveau disponible peut servir à tout : la pub ET la religion migratoire.

Et comment fait-on de la de préjugés ? C’est simple et très ludique. Ainsi, à chaque étape, alors que les missionnaires de la Croix-Rouge – appelés « porteurs de parole » (sic) – s’en vont par deux à la rencontre des vacanciers, le « clergé » s’active à « mettre en place les divers jeux du dispositif, le Jenga ici, les casques de réalité virtuelle là, le jeu de l’Oie géant au sol. Et la roue de la chance, juste devant le stand. » C’est tentant. Le « sujet complexe » de l’exil est « abordé de façon ludique : la réalité virtuelle plonge en immersion dans un camp de réfugiés en quand les jeux de société et autres quiz interrogent les curieux sur le droit relatif à la migration, sur les préjugés ou encore la géographie ». Rigolo tout plein !

Et sur les conséquences de la migration ? Les problèmes des exilés et ceux des populations qui les accueillent bon gré mal gré ? Le communautarisme qui nous gangrène ? Les camps de migrants à Paris ou à Calais, la colline du crack, les rixes entre communautés ethniques, la violence et l’insécurité qui en découlent ? Pour mémoire, le terroriste de Nice qui a décapité et blessé trois personnes avait été identifié à Lampedusa par la Croix-Rouge italienne. Ce n’est pas le sujet. L’important, c’est « entamer la conversation, c’est se confronter à l’autre, aux idées reçues, au racisme aussi ». Et puis surtout, nous dit la Croix-Rouge, c’est l’occasion pour les bénévoles de passer un bon moment ensemble dans « une dynamique conviviale ».

La confrontation au réel attendra la rentrée.

Crédit : Photo by Gerard Bottino/SOPA Images/Shutterstock (12963057n)

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3 août 2022

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3 commentaires

  1. La Croix rouge pourrait peut-être passer un contrat d’association avec le croissant rouge, plus à même (me semble-t-il) de s’occuper de ces (malheureux) migrants qui, contrairement aux oiseaux migrateurs, ne changent pas de pays selon les saisons.

  2. Je suis favorable à une immigration contrôlée par le biais des ambassades et consulats à travers le monde. Un immigrant se doit de répondre à tous les critères demandés par le pays où il veut aller, son occupation professionnelle doit être en demande. Il doit s’adapter aux lois, à la façon de vivre de ce pays et s’intégrer; sinon il sera expulsable. Toutes les entrées illégales seront repoussées ou expulsées sans préavis.

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