La basilique-musée Sainte-Sophie d’Istanbul, bientôt fermée aux mécréants ?

Ceux qui persistent à penser que l’islam est résolument compatible avec la culture chrétienne de la France ont, comme le disait le général de Gaulle, une “cervelle de colibri”. Plus encore : ceux qui s’obstinent à nier que l’islam, quelles que soient les formes qu’il revêt (crypto-sunnisme plus ou moins teinté de salafisme ou de wahhabisme), est la doctrine totalitaire au nom de laquelle sont commises les pires exactions terroristes depuis quelques années sur le sol européen s’en rendent, volens nolens, complices. Deux attitudes caractéristiques du déni de la guerre mondiale qui vient (avec la bénédiction du Grand Sam), ainsi que nous l’avons maintes fois soutenu dans ces colonnes.

Ces mêmes inconséquents applaudiraient probablement les milliers de fidèles musulmans exigeant la possibilité de prier dans la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul – devenue le célèbre musée que l’on sait. De la même manière ne s’offusqueraient-ils guère de voir, en ces temps de ramadan, un mahométan s’agenouiller sur un tapis de prière et psalmodiant des versets coraniques à l’intérieur même de la basilique. Et ne trouveraient pas si grave qu’un religieux s’y plante devant pour y déclamer le verset idoine qui, symboliquement, aux yeux de l’Oumma (la communauté des croyants en islam), consacrera le lieu comme officiellement ouvert aux dévotions islamiques.

Interpréteront-ils semblablement comme un « signe d’ouverture » le fait que la chaîne publique turque Diyanet TV diffuse chaque jour en direct des récitations du Coran, la basilique-musée en toile de fond…

Mutatis mutandis, Sainte-Sophie est à la Turquie ce que l’esplanade des Mosquées est à Israël. Une poudrière confessionnelle convoitée autant par les chrétiens que par les musulmans. Haut lieu de l’Empire romain d’Orient (où étaient couronnés les empereurs byzantins), elle fut transformée en mosquée après la conquête ottomane de 1453 (comme en témoignent les quatre minarets la ceinturant). En 1934, Mustafa Kemal Atatürk désaffecte le lieu du culte pour “l’offrir à l’humanité” et y fait décrocher les grands panneaux circulaires gravés du nom d’Allah, de Mahomet et des califes : Sainte-Sophie devient alors un musée, classé, par surcroît, en 1985, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour l’historien Edhem Eldem, cette transformation “incarne la laïcisation du pays et la promotion de l’universalisme occidental” (source : Wikipédia).

Tout à la restauration de la grandeur ottomane pré-kémaliste (refermant, de ce fait, la parenthèse laïque d’Atatürk), Recep Tayyip Erdoğan n’a jamais fait mystère de voir réhabiliter le musée en mosquée, espérant en faire un autre lieu saint de l’islam. Moteur de la reviviscence identitaire du pays, l’islam s’appuie sur le levier de la « politique multidimensionnelle », chère au ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, en vertu de laquelle, sans desserrer les liens avec l’OTAN, Ankara travaille activement à son entrée dans l’Union européenne, tout en ménageant ses ennemis héréditaires (Grèce et Arménie) et en soufflant le chaud et le froid avec Israël et la Russie. Funambulisme subtil permettant au Grand Turc de n’être jamais là où on l’attend.

C’est ainsi qu’il a autorisé la construction, à Istanbul, d’une église pour la minorité syriaque et restauré récemment une synagogue de l’ère ottomane… Tout en soutenant, en sous-main, l’État islamique contre la Syrie honnie.

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