Pour Koztoujours, c’est les autres avant les nôtres !

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Vous connaissez peut-être Koz, ou Koztoujours, alias Erwan Le Morhedec, le blogueur de gauche catho-compatible — ou blogueur catho gaucho-compatible, c’est au choix —, qui fait la joie des chrétiens de gauche, cette catégorie de chrétiens pour qui l’Évangile est surtout une base documentaire à disposition des belles consciences de gauche, et les saints apôtres des conseillers en communication pour groupuscules de centre gauche vaguement mystiques ? C’est ce monsieur qui a récemment publié un livre dans lequel il s’en prend aux chrétiens pour qui l’identité nationale a encore un sens, et qui poussent l’ignominie de cette pensée jusqu’à englober le fait chrétien à l’ensemble des composantes historiques de la culture de la France, pour revendiquer ensuite la double qualité de français et chrétien.

Alors qu’il évoque, dans un billet publié sur son blog le 17 mars, son récent passage dans l’émission radiophonique “Répliques” d’Alain Finkielkraut, enregistrée plus tôt et diffusée le 18, émission où la discussion avec Laurent Dandrieu – l’autre invité – a porté sur la crise des migrants, le saint homme repose quelques instants le cœur qu’il a sur la main pour lui substituer la plume, le temps d’une plaidoirie :

“J’ai dit l’indécence que je trouvais à comparer les souffrances des migrants et celles des Français – même, à vrai dire, pauvres.” »

Le monsieur est d’accord pour dire qu’il y a des souffrances plus lourdes que d’autres, ce qui n’est pas faux, mais il continue en disant qu’on ne peut décemment pas comparer la douleur d’un migrant à celles de nos compatriotes, même s’ils sont pauvres, parce qu’un Français pauvre sera toujours plus heureux qu’un migrant qui, lui, n’est riche que de sa misère. Et dans l’hypothèse où l’affirmation n’aurait pas immédiatement convaincu, le voilà qui l’appuie de quelques récits qui vont directement des yeux jusqu’au cœur sans passer par la case cerveau : il relate l’histoire de ce père de famille, migrant, tombé avec ses enfants dans la mer qui finira par engloutir une partie du groupe, et quelques autres histoires terribles d’orphelins et de noyades.

C’est tragique, en effet. Faut-il être un missionnaire 2.0 de l’Évangile pour s’émouvoir d’un pareil drame ? Quiconque prend la peine de s’imaginer la scène a le cœur serré, y compris s’il est athée comme une pierre, y compris s’il est un « chrétien identitaire ». Que Koz soit sensible à ces malheurs n’est pas le problème (c’est même qu’il y soit insensible qui en serait un), mais cette manie de la comparaison, cette folie de vouloir soupeser les peines des uns et des autres pour orienter et doser son assistance, c’est strictement insupportable. Et en quoi la noyade d’un migrant est-elle plus tragique que la mort, par le froid et la faim, d’un Français qui peut rester plusieurs jours sans vie sur son banc avant que son martyre ne soit découvert ? En quoi l’exode d’une famille de migrants est-il un sort plus misérable que celui de cette mère de famille française qui fait la queue à la soupe populaire pour y trouver de quoi nourrir ses enfants ?

Aux kozeries de salon d’Erwan Le Morhedec, préférons la sagesse de Jean-Jacques Rousseau : “Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins” (Émile ou De l’éducation, 1762).

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