Editoriaux - 12 octobre 2012

Kinshasa : la bourde de Hollande

Certes, la République Démocratique du Congo (RDC) n’existe pas en tant qu’État et les « incontournables » droits de l’homme y sont une notion pour le moins insolite. Cependant, à partir du moment où le chef de l’État français avait accepté de se rendre à Kinshasa pour le XIVe sommet des États francophones, il se devait de ne pas humilier son hôte.

Or, à quelques heures de l’ouverture dudit sommet, et semblant ignorer les usages les plus élémentaires de la diplomatie, François Hollande a publiquement dénoncé le régime du président Kabila. Ce dernier s’attendait à devoir essuyer des reproches de la part du président français, mais il pensait que ce dernier attendrait pour les exprimer la réunion à huis clos qui réunira la vingtaine de chefs d’État annoncés.

En dehors d’une bourde diplomatique pouvant relever de l’amateurisme, les déclarations françaises ont jeté de l’huile sur le feu qui couve sous la marmite congolaise. D’autant plus que les émissaires de l’Élysée s’activent depuis des semaines pour organiser une rencontre entre l’opposant Etienne Tshisekedi, qui s’est autoproclamé vainqueur du scrutin présidentiel de 2011, et François Hollande.

En cette affaire, c’est un choix qu’il eut fallu faire : ne pas y aller ou y aller. Y aller en montrant que l’on ne voulait pas venir est la pire des décisions car, comme le dit le proverbe bambara : « Le singe a beau avoir quatre pattes, il ne peut emprunter deux chemins à la fois. » Or, c’est ce qu’a fait François Hollande, écartelé entre la dictature des droits de l’homme et la Realpolitik. Une telle attitude ne va pas rehausser le prestige de la France en Afrique où « Celui qui rame dans le sens du courant fait rire les crocodiles… »

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