Culture - Editoriaux - Justice - Société - Table - 18 octobre 2015

Kevin, go-omme !

Louise, Emma, Chloé, Lola, Inès, Manon, Jade, Alice, Lina et Léa figurent en tête des prénoms choisis actuellement par les parents des nouveaux petits Français, suivis à la onzième place de Camille, puis de Juliette, Léna, Sarah, Lilou, Éva, Zoé, Anna, Adèle et Rose ex æquo à la dix-neuvième place, et enfin de Mila à la vingtième.

En ce qui concerne l’autre “stéréotype d’origine culturelle”, à savoir les petits mâles, l’Officiel des prénoms 2016 (qui paraît aujourd’hui aux Éditions First) établit dans l’ordre, de la première à la vingtième place, le palmarès suivant : Léo, Gabriel, Adam, Timéo, Raphaël, Lucas, Louis, Arthur, Nathan, Hugo, Nolan, Enzo, Jules, Liam, Ethan, Noah, Sacha, Tom, Théo, et enfin Gabin et Maël ex æquo.

Suivent de près, de plus en plus près, selon Stéphanie Rapoport, auteur du rapp… de l’étude, des prénoms comme Lucien et Marcel.

Je constate avec soulagement que les prénoms arrivés tout droit d’outre-Atlantique, à bord de feuilletons américains des années quatre-vingt – prénoms du genre Brayanne, Kévine, Stive, Cheurlait, etc. -, passent la main au palmarès des prénoms les plus attribués aujourd’hui en notre colonie, au profit d’autres plus authentiquement locaux. Il était temps. Mais il était temps signifie qu’il est déjà bien tard, et même trop tard pour certains, pour beaucoup, pour trop.

Comment, en songeant à ces deux ou trois dernières décennies, autrement dit au tort déjà fait, au mal déjà commis, ne pas avoir une pensée douloureuse et compatissante pour les innombrables victimes de cette vogue géante, absurde et ridicule, qui a déferlé sur nos registres d’état civil durant quelques années ? Comment ne pas sentir monter en soi, poussé par un impétueux sentiment d’injustice, le désir ardent de reconstruire, de réparer les dégâts occasionnés par le passage du fléau, en deux mots de remédier aux conséquences de cette pratique regrettable, si discriminatoire parce que socialement si impitoyablement marquée ?

Ne peut-on, par exemple, imaginer une disposition législative ponctuelle destinée à permettre à tous les Malcome et toutes les Charonne de France et de Navarre qui le désirent de changer de prénom, facilement, sans lourdeurs administratives ou entraves juridiques, sur la base d’une simple démarche en mairie par exemple, au profit d’un prénom “normal”, un prénom de chez nous, un prénom propre à les ramener dans le giron national, parmi les leurs, à les appeler, les héler dans la rue, le métro, les agences de Pôle emploi qui sont, et pour cause, leur second chez-eux, bref, propre à les désigner sans les mettre à l’index ?

Doit-on laisser ces innocentes victimes porter toute leur vie l’écrasant fardeau de l’inconséquence parentale ? Peut-on retirer tout espoir à Brandone, à Scott, à Djennifer ou Djonatane, de quitter pour de bon le ban de notre société et de gagner son sein, enfin comme si de rien n’était, habillés en Pierre, Paul ou Jacques, comme tout le monde… voire en Léon, Auguste, Louise ou Emma, comme les autres, les enfants d’avant-hier et d’aujourd’hui ?

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