Editoriaux - Politique - Table - 9 juin 2014

Juppé sauveur de l’UMP ?

Copé écarté ; le parti vilipendé, le parti inculpé de pratiques douteuses et répréhensibles, le parti discrédité et (presque) disloqué ; Un triumvirat installé qui rejoue à César, Crassus et Pompée, etc. l’UMP tente de se remettre sur pied. Avec comme sauveur ?

Dans ce salmigondis politico-judiciaire, l’actuel maire de Bordeaux semble tenir la corde pour remettre le mouvement « post-néo-gaulliste » sur les rails. L’important n’est de savoir comment il va s’y prendre. Ce qui importe, pour lui, c’est de reconstruire, de fédérer avant de convaincre. Il lui faut asseoir une sorte de légitimité qui pourrait le porter à briguer la tête du parti avant de tracer la route pour la magistrature suprême en 2017. S’il y parvenait, « le meilleur d’entre nous » selon la formule de Chirac tiendrait enfin sa revanche.

Les qualités de l’homme sont réelles : une tête bien faite, pas de soucis physiques majeurs, fin technicien, fin politique, un solide réseau ; il possède une forte expérience ministérielle à des postes clés (Budget, Défense, Affaires étrangères, Premier ministre..) qui fait tant défaut à nos actuels gouvernants (à quelques exceptions près). Il a aussi dirigé le RPR entre 1994 et 1997 et sait, de ce fait, naviguer dans le marigot infesté de crocodiles. Son bilan à la mairie de Bordeaux prouve qu’il est bon gestionnaire des deniers publics. Il a su redonner du lustre à la capitale girondine. Il a été brillamment réélu au premier tour.

Mais voilà, malgré son esprit de sacrifice (il a judiciairement payé cher son soutien à Chirac), malgré sa posture d’homme apaisé, de notable provincial, il a du mal à se départir de cette attitude de supertechnocrate qui lui colle irrémédiablement à la peau. Il a du mal à gommer son attitude cassante, parfois hautaine et agressive. Toujours « droit dans ses bottes », ce faux-diplomate mais vrai dur est lui-même conscient de « tout le mal que peuvent causer ces petites phrases à l’emporte-pièce dont (il) a le secret ».

Devant le pitoyable spectacle du pouvoir actuel, Juppé est rassurant pour les Français qui souhaiteraient le voir (23%) à la tête de l’UMP, devant Nicolas Sarkozy (14%) . Un sentiment que ne partagent pas militants et sympathisants de ce parti qui préfèrent Nicolas Sarkozy (28%) loin devant… Alain Juppé (19%).

Gageons que, nourri à l’école Chirac et ses grands Chelems parisiens, le désormais plus lisse Alain Juppé saura convaincre au-delà de ses partisans pour ravir la première place qu’il estime lui revenir depuis longtemps. Il lui faut tout d’abord écarter Crassus-Raffarin (qui ne brigue rien) et aussi Pompée-Fillon qui, lui, ne manque pas d’ambition. Restera à écraser l’auguste « Sarko ». « On n’échappe pas à son destin » a dit ce dernier le 6 juin en Suisse. Pour qui parlait-il ?

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