Depuis maintenant presque un an, le corps médical dans son ensemble est vent debout contre la réforme voulue par les socialistes. Cette réforme, les médecins sont en première ligne pour la refuser avec des arguments qui commencent à faire leur chemin chez les patients. Perte du choix des médecins, administration de la santé par l’État, santé aux ordres des agences régionales de santé (ARS) et des assurances, et bien d’autres tracas à venir.

La santé et sa gestion par l’assurance maladie sont aux abois. Elle connaît des déficits abyssaux depuis des années impossibles à corriger non pas parce que la santé est trop chère (ce que veulent nous faire croire les politiques) mais parce que le système est depuis longtemps. La gestion comptable de la santé, avec ses cohortes de contraintes laissant croire que l’on peut économiser, ne date pas d’aujourd’hui. Ce ne sont pas les socialistes qui ont mis les premiers les doigts dans la porte, mais bien .

C’est en 1995 que notre « futur candidat » a inventé des pseudo-solutions guidées par sa pensée d’énarque. Première solution : mettre la santé sous contrôle comptable, à savoir qu’un patient coûte cher, les économies sont possibles sur sa santé. De là à bloquer les honoraires des médecins (solution de facilité), il n’y avait qu’un pas. Il a été franchi allègrement sans que les médecins s’en défendent d’ailleurs. On a bien entendu des cris d’orfraie mais les syndicats de médecins, souvent plus proches du pouvoir que de leurs confrères, ont toujours signé des deux mains les conventions.

Mais “le meilleur d’entre nous” ne s’est pas arrêté là. Dans sa logique d’inspecteur-contrôleur des finances, il a décrété qu’il y avait trop de médecins. Effectivement, vu de la fenêtre d’un énarque, quand la température monte, il suffit de casser le thermomètre. Ce fut donc fait : le numerus clausus d’accès aux études médicales a été diminué drastiquement, les effets se sont fait sentir dès 2005. Mais il faut environ dix ans pour former des médecins. Et comme si cela ne suffisait pas, notre Alain Juppé national, Premier ministre de l’époque, a inventé la machine infernale. Il a proposé aux médecins en place (pour, disait-il, en diminuer le nombre et faire des économies) de prendre une retraite anticipée avec l’aide de l’État qui “donnerait une bonne prime”.

Dès que cette mesure est entrée en vigueur, nombre de médecins approchant de 60 ans, et même 55 pour certains, ont profité de l’aubaine. Ces mêmes médecins qui en avaient assez de voir leurs honoraires bloqués, de voir leurs charges augmenter et qui ne croyaient plus au système machiavélique français, ont quitté leurs cabinets. On peut dire que l’idée était géniale puisque ce fut le début des déserts médicaux. En effet, dans la règle imposée par Juppé, les médecins devaient prendre leur retraite anticipée mais s’engager à ne pas être remplacés, toujours pour faire des économies.

Nous sommes aujourd’hui en face d’un problème insurmontable de médicale, tant en ville que dans les . Un exemple : cette semaine, la direction des hôpitaux du Cotentin ferme les urgences par manque de médecins. Là où il leur en faudrait 25 pour couvrir les 24 heures ils n’en ont que 15. Fermetures de services d’urgence, fermetures de SMUR, fermetures de cabinets médicaux de médecins généralistes en “burn out”. Voilà la santé en France aujourd’hui, et pourtant notre corps médical est d’un niveau de performance exceptionnel. Il suffirait que les énarques soient exclus de la pour être remplacés par des hommes ou des femmes de bon sens, sans doute, pour que les choses aillent mieux.

Marisol Touraine et sa « loi santé » qui reviendra en discussion, en septembre au Sénat, fera sans doute pire. Notre pays manque de médecins et ceux qui sont en place se sentent tellement maltraités que beaucoup envisagent de cesser leur activité ou de partir à l’étranger.

12 août 2015

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