Je ne sais plus qui a dit que n’était pas désiré mais serait élu alors qu’Alain Juppé, moins récusé, ne le serait pas.

Je ne voudrais pas que cette intuition fût juste.

Mais la est mal faite parce qu’il y a des natures qui sont nécessaires ici et préjudiciables là. Elle n’est pas une science exacte.

J’ai entendu Nicolas Sarkozy sur , questionné par Gilles Bouleau, et quoi qu’on pense de son projet et de ses orientations, le candidat, lui, était fringant, convaincu, pugnace avec une apparence et une forme apportant de la chaleur et de la vie à son fond. Une parole et un être en mouvement. L’ancien Président aurait dû postuler à la charge de candidat perpétuel. Son ton, cet exhibitionnisme nécessaire à la démonstration et à la dialectique, cette projection éclaboussante de soi le constituent, en effet, comme quelqu’un qui propose, pourfend, détruit, enjoint.

Nicolas Sarkozy a une nature de candidat mais absolument pas de président de la République. On l’a vu durant cinq ans. Ses qualités se dégradent en défauts et ses élans en agitation.

Alain Juppé, ce pourrait être le contraire.

Sa froideur, sa retenue, son intelligence lucide, son art de la litote, sa sérénité feraient de lui à l’évidence, pour la forme et la personnalité, un remarquable président.

Mais sa nature qu’il ne forcera jamais le dessert pour le style du candidat.

En effet, il faut donner envie à ceux qui vous écoutent de vous approuver et de se laisser persuader. Il convient d’y mettre du sien. Le verbe doit se faire chair, corps, incarnation. Le fond qui fuit la démagogie et se fonde sur la maîtrise et la raison – un ascétisme et médiatique – n’a aucune chance de passionner, de mobiliser et de transcender si la personne qui l’expose ne met pas du feu dans sa forme et ne sort pas de soi. Aussi détestable que pourrait lui sembler cette impudeur de quelques minutes.

Je crains que cet affrontement des natures, cet antagonisme des personnalités, pour la technique et l’aptitude à convaincre, servent plutôt immédiatement Nicolas Sarkozy.

Mais rien n’est sûr.

Pour être président de la République, il faut passer par un mauvais moment : changer de peau pour gagner la primaire et séduire les Français. Entre la démagogie et la surabondance d’une part, la densité et le minimalisme de l’autre, il y a sans doute un juste milieu.

Je l’espère.

Extrait de : Juppé et Sarkozy : la nature est mal faite !

1 septembre 2016

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