« Un gagnant et beaucoup de perdants » : la phrase de Laurent Fabius a marqué les esprits dimanche soir à l’annonce des résultats électoraux. Mais n’y a-t-il véritablement qu’un seul gagnant ? Pas sûr… Car à défaut d’avoir gagné, il y a ceux qui n’ont pas perdu. Soit Alain Juppé et François Bayrou, les pacsés du Sud-Ouest ; une question de survie pour l’un, de tactique pour l’autre… Oui, mais ça, c’était avant…

Le premier semble attendre patiemment en coulisses que tous ses rivaux potentiels à l’UMP s’entretuent les uns les autres, désespérant les militants, se déconsidérant aux yeux de l’opinion publique et ne pouvant plus concourir à une hypothétique primaire du parti… Pour François Fillon et Jean-François Copé, cela semble acquis. Pour Nicolas Sarkozy, favori aux yeux des militants, les affaires s’enchaînent sur sa tête avec une telle régularité qu’elles devraient finir par l’étouffer pour de bon ou c’est à désespérer de la justice française, doit se dire celui que l’ancien président Chirac appelait le « meilleur d’entre nous ».

Car à peine dépêtré d’une affaire, l’ancien président doit répondre d’une autre. La dernière en date – les fausses factures pour sa campagne 2012, via Bygmalion – sera-t-elle celle de trop ? Aux yeux du militant de base, en tout cas ?

Faute de concurrent à droite et grâce à son alliance avec François Bayrou, la route de l’Élysée est-elle alors ouverte au maire de Bordeaux ? Pas certain…

Lorsqu’il assura la survie du président du MoDem en lui assurant le soutien de l’UMP dans sa conquête de la mairie de Pau, les centristes de l’UDI, emmenés par Jean-Louis Boorlo, venaient de s’affranchir du giron de l’UMP… Un MoDem, même fantomatique, devait permettre de freiner leur échappée… Alain Juppé parait alors au plus pressé.

Depuis, l’histoire s’est emballée : d’abord par l’union électorale MoDem-UDI et sa direction bicéphale Borloo-Bayrou. Beaucoup la jugeaient irréalisable, sinon intenable, mais dimanche dernier, elle a réalisé un score honorable qui apparaît presque comme un succès par rapport au naufrage socialiste et au recul UMP… Surtout, la mise hors course pour raison de santé de Jean-Louis Borloo fait de François Bayrou le seul poids lourd crédible pour diriger le centre.

Comme au jeu, après une succession de mauvaises cartes, les nouvelles donnes semblent favoriser outrageusement le Béarnais.

À tel point qu’on peut légitimement s’interroger sur la pérennité de son « deal » avec l’actuel maire de Bordeaux si François Bayrou devait être, par exemple, sollicité par François Hollande pour Matignon… Ou si l’UMP devait prochainement imploser sous les coups de boutoir des rivalités internes et des affaires financières : privé de parti, Alain Juppé ne pèserait sans doute plus grand-chose aux yeux des militants d’une part et d’une opinion publique qui ne l’a jamais vraiment aimé. Le ticket Juppé-Bayrou pour la présidentielle de 2017 perdrait, de fait, tout son sens.

Avec une gauche discréditée et une droite éparpillée, face à un Front national-Rassemblement Bleu Marine plus puissant que jamais, François Bayrou – qui n’enthousiasme pas grand monde, mais que personne ne déteste vraiment – serait alors, par défaut, le mieux placé pour affronter Marine le Pen au second tour de la présidentielle…

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