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Editoriaux - Justice - Politique - Presse - Table - 11 février 2017

La judiciarisation de la pensée atteint aujourd’hui son paroxysme

L’existence même de sites comme Boulevard Voltaire est symptomatique de cet état d’esprit que nous avons, en France, de ne pas nous laisser dicter notre vision du monde par la doxa dominante sans réagir. Heureusement, car si nous n’y prenons garde, c’est bel et bien une dictature de la pensée unique qui se met en place, de manière inquiétante.

“Du dialogue jaillit la lumière”, affirmait Victor Hugo. Sans doute n’imaginait-il pas à quel point l’interdiction du dialogue atteindrait son paroxysme dans le pays qui se présente aux yeux du monde comme étant celui des “droits de l’homme”.

En effet, au-delà de l’arsenal législatif impressionnant, et qui ne cesse de croître, limitant la liberté d’expression, nous assistons à une recrudescence sans précédent des poursuites contre ceux – journalistes, hommes politiques, écrivains ou citoyen lambda – qui se sont exprimés de telle ou telle manière sur tel ou tel sujet.

Les nouveaux censeurs, aidés par des associations politisées et largement subventionnées, veillent au respect du non-contradictoire avec une ténacité féroce. Un simple signalement au procureur de la République par les gendarmes du politiquement correct que sont les associations dites pompeusement “antiracistes” pourra, du jour au lendemain, ruiner votre vie.

L’interdiction du débat est devenue la règle à suivre, aboutissant à une autocensure générée par des condamnations à titre d’exemple.

Ainsi, la France apparaît en 45e position du classement 2016 relatif à l’exercice de la liberté de la presse, classement publié par Reporters sans frontières, et la célèbre 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris, en charge de gérer les délits de presse, tourne à plein régime.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il convient d’apprécier la situation au regard d’une approche factuellement indubitable : certaines élites, souvent gauchisantes, sont imprégnées par l’idée que les Français sont un ramassis d’écervelés qu’il convient d’éduquer par le martelage de ce qu’il faut penser ou non.

Cette doctrine du “peuple idiot” a pour corollaire l’impérieuse nécessité de faire de la “pédagogie”, oubliant qu’il convient de former des esprits libres et de les laisser se confronter à tous les courants d’opinion afin qu’ils se forgent la leur.

Il est urgent de lui préférer la doctrine consistant à affirmer qu’il faut “laisser parler les imbéciles”, car si leurs propos sont blessants, erronés ou provocants, c’est pourtant bien parce qu’ils peuvent les exprimer que cela nourrit la réflexion.

Par le passé, notre liberté d’expression, née de la Révolution, a souvent été mise à mal. Nombre de nos aïeux sont allés jusqu’à sacrifier leur vie pour la défendre. Si elle est aussi limitée en temps de paix, il convient de se demander si parler encore de démocratie au sujet de la France n’est pas un terme abusif.

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