Editoriaux - International - Presse - 8 mars 2017

Journée de la femme : et dire que chaque année il faut se cogner ces stupidités

C’était la Journée de la femme. Enfin, plutôt la Journée de la flemme. Flemme de devoir se coltiner dans la presse, sur les réseaux sociaux, toutes les âneries, les initiatives aussi baroques que dérisoires que les « féministes » se sentent obligées, ce jour-là, de promouvoir.

Cette année, le gang du rouge à lèvres a encore frappé. L’affaire Baupin ne les a nullement échaudées.

Il suffit, pourtant, de regarder ces messieurs maquillés pour comprendre. Si seules les femmes mettent du fard, le sexisme n’y est pour rien : il donne un air sinistre aux traits virils et aux calvities naissantes. On croirait la vieille comtesse dans La Dame de pique.

Et puis, pardon, mais à ainsi nous singer, la bouche en canard, ils ont vaguement l’air de se moquer, comme ces gamins de 15 ans qui font mine de vaciller, en rigolant, sur les talons de leur sœur.

La vérité est que toute l’Assemblée pourrait bien se vernir en violet les ongles des doigts de pied, tout le Sénat pourrait bien enfiler un soutien-gorge postiche que rien ne bougerait d’un iota. Pas plus que la condition des cétacés ne se trouverait améliorée s’ils arrivaient, pour la Journée de la baleine, avec des palmes ou une nageoire bleue dans le dos.

Faut-il vraiment qu’ils nous prennent pour des quiches pour nous laisser imaginer que la condition féminine s’en trouvera ainsi changée ? Cherche-t-on à faire gober aux agriculteurs que leurs revendications seront entendues le jour où leurs élus mettront, sous leur costard gris, pour fouler la moquette de l’Assemblée, des sabots aux pieds ? Ou a-t-on peur de la réaction des intéressés que le travail au grand air a tendance à rendre costauds et qui n’aiment pas tellement trop, en fait, qu’on se paie leur tête ?

Comme disait l’autre, quand on se contemple, on se désole, quand on se compare, on se console : à l’occasion de cette Journée internationale de la femme, la ville de Melbourne a décidé avec solennité de “faire figurer des personnages féminins sur ses feux rouges en lieu et place des bonshommes traditionnels afin de sensibiliser l’opinion à l’égalité des sexes”. Une initiative coûteuse qui paraît-il, fait polémique. À l’heure de la lutte contre les stéréotypes, ces balourds d’Australiens n’ont rien trouvé de mieux que de mettre une robe pour figurer… une femme. Quelle faute de goût. Heureusement, Thomas John Jaspers, un acteur et militant LGBT, a su, sur Twitter, trouver adroitement les mots : “J’aime à croire que ce sont de petits hommes verts travestis sur les nouveaux feux tricolores de Melbourne.” Ouf, l’Australie est réconciliée et ses feux tricolores sont sauvés.

Il faut, d’ailleurs, veiller à les garder, les briquer, les faire briller. Au train où l’on y va – entre islamisme et insécurité -, ils seront peut-être, un jour, les derniers endroits où l’on verra encore des filles en jupe. Quant au rouge à lèvres, s’il est un outil d’oppression, que l’on se console : il est des quartiers où bientôt plus une donzelle n’osera en arborer, de peur de se faire insulter. Des quartiers où elles ont compris que, pour circuler, il vaut mieux être des passe-muraille. En même temps, hein, elles n’ont qu’à pas y traîner. C’est comme les cafés… Il y en a de très bons dans les supermarchés. Lyophilisés. Que l’on peut soi-même préparer sans avoir besoin de mettre dehors le bout de son nez. Les féministes ne vont quand même pas s’abaisser à se préoccuper de ces futilités d’ordre ménager ?

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