« Si j’ai été abusé par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ? » À la suite de la publication d’un dessin dialogué ainsi, la rédaction du Monde se confondit en excuses. Non, ils n’étaient pas transphobes, ils n’auraient pas dû, oui ils avaient péché… En termes choisis, la directrice de rédaction Caroline Monnot exprima ses profonds remords. Le dessin sonnait « comme une relativisation de la gravité des faits d’inceste, en des termes déplacés vis-à-vis des victimes et des personnes transgenres » (qui ont un sens de l’humour très relatif).

Depuis cet aplatissage devant quelques soubresauts de réseaux sociaux et la démission du dessinateur qui s’ensuivit, deux camps s’affrontent : les partisans de l’autoflagellation d’un côté, les résistants aux gloussements des réseaux sociaux de l’autre.

Un comité de rédaction fut convoqué ce jour avec pour question centrale : « Affaire Gorce : Le Monde a-t-il cédé au politiquement correct ? » Avec un thème dont la réponse est dans la question, le temps dévolu à cette réunion était estimé à cinq bonnes minutes, mais après examen de la position de la direction, deux jours et trois nuits n’y suffiront pas.

Des excuses présentées aux lecteurs alors que le dessin est maintenu sur le blog hébergé par le site du quotidien, telle est l’une des composantes de la complexité du débat. Du « en même temps » garanti sans aucun morceau de logique dedans. Un pur produit de nos belles régions crénom vain diou. Du « made in Élysée » fabriqué à la main…

Face à cette contradiction qui voit la rédaction regretter la publication d’un dessin qu’elle continue à publier, l’épigraphe « le journal qui s’excuse de penser » semblerait adaptée à la sensibilité des rédactions. Une manière de satisfaire les uns et les autres. Une excuse permanente doublée d’une liberté de ton. La clé de la réussite journalistique des temps progressistes. Les pires dessins précédés des regrets éternels de la direction. La classe !

Moins drôle que cette fiction adaptée aux tourments du Monde, le constat d’un journaliste maison qui voit la génération des moins de 40 ans « très militante, moraliste avec des positions très tranchées ». Puritaine et garde rouge de la morale mondialiste, la jeunesse serait en tête du combat contre la liberté de parole. « Pas d’excuse pour les partisans de l’excuse. » Une autre épigraphe à méditer.

27 janvier 2021

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