On apprend que la veuve d’une victime de l’attentat contre porte plainte : elle reproche aux responsables du journal de ne pas avoir tenu leurs engagements à l’égard des familles des victimes.

On se souvient qu’après la tuerie sanglante du 7 janvier 2015, les dons ont afflué et qu’un numéro spécial de Charlie, publié le 14 janvier, a été tiré à plus de 7 millions d’exemplaires – au lieu de 60.000 habituellement. Des responsables du journal se seraient engagés à reverser intégralement aux familles des victimes le montant de ces recettes exceptionnelles. Ce qui n’a pas été fait, la plaignante n’ayant touché que 141.000 euros.

Selon ses avocats, “les acheteurs du numéro des survivants ont été dupés par la direction du journal qui, face à l’afflux des ventes, est délibérément et unilatéralement revenue sur ses engagements pour finalement conserver les recettes”. D’où cette nouvelle plainte déposée pour “abus de confiance aggravé”, après une première plainte apparemment classée sans suite.

Les avocats se fondent, notamment, sur un extrait du livre Charlie Hebdo, le jour d’après, qui révèle qu’un dirigeant du journal aurait semoncé l’un de ses collaborateurs pour avoir déclaré à la télévision que les bénéfices du numéro seraient affectés aux familles : “Tu n’aurais pas dû dire cela. Les recettes du numéro n’iront pas aux victimes”, lui aurait-il reproché.

L’actuel directeur de la publication de Charlie dément cette accusation dans Le Parisien : “Dans le chaos du mois de janvier, tout le monde s’exprimait. Mais les responsables officiels de Charlie n’ont jamais dit publiquement que les recettes du numéro spécial iraient aux victimes. À l’époque, on n’avait du reste pas la moindre idée de ce que ça pouvait rapporter.” Il estime que cette procédure est “vouée à l’échec”.

De cette affaire, en attendant les conclusions de la justice, on peut, semble-t-il, tirer quelques hypothèses.

Tout d’abord, il est plausible que, dans l’émoi qui a suivi l’attentat du 7 janvier, certains aient laissé entendre, dans un élan de solidarité, que les recettes exceptionnelles du numéro spécial reviendraient aux familles des victimes.

Ensuite, même si l’on peut partager la douleur d’une femme en de telles circonstances, cette querelle d’argent, mise sur la place publique, reste quelque peu dérangeante. D’autres procédures, plus discrètes, auraient sans doute pu être menées efficacement pour obtenir une indemnisation proportionnée.

Enfin, on est contraint de constater qu’un journal aussi iconoclaste que Charlie Hebdo n’est pas insensible aux millions, quand il y en a beaucoup. Il a beau se présenter comme un “journal irresponsable”, il garde les pieds sur terre et n’est pas détaché des biens de ce monde.

Au mieux, quand ses dirigeants se sont aperçus du succès du numéro spécial, ils ont estimé qu’il serait stupide de ne pas en profiter pour renflouer les caisses. Au pire, cette annonce aurait été préméditée pour susciter la générosité des acheteurs et multiplier les ventes.

Dans ce cas, ce ne serait pas beau et la veuve de la victime aurait mille fois raison de ne pas s’écrier, comme le titre le numéro post-attentat : “Tout est pardonné !”

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