Accueil Santé Coronavirus José Maria Ballester : « L’Espagne mettra une décennie pour surmonter les ravages causés par la pandémie »

José Maria Ballester : « L’Espagne mettra une décennie pour surmonter les ravages causés par la pandémie »

Où en est-on de l’épidémie en ?

Le nombre de morts par Covid-19 approche les 28.000, les cas diagnostiqués se situent aux alentours de 233.000. Aussi, le nombre de morts diminue-t-il progressivement. Toutefois, il convient de préciser qu’un certain chaos règne : il y a, par exemple, des communes qui encouragent la réalisation de tests en marge du ministère de la Santé, comme le révélait, voici quelques jours, le site d’information El Confidencial. De plus, on a aussi appris que toutes les personnes testées positives dans le test des anticorps sont pas forcément immunisées. Voilà pourquoi il faut prendre les statistiques officielles avec beaucoup de précaution.

On a vu que des manifestations anti-confinement éclataient chez vous. Qui est à la manœuvre ?

Oui, en effet, les manifestations anti-confinement s’étendent. Au début, il s’agissait du mécontentement de certains quartiers aisés de Madrid, ce dont la gauche politique et surtout médiatique a cru un moment pouvoir tirer profit pour tenter d’affaiblir le mouvement. Mais ce n’est plus le cas : des centaines, voire des milliers de gens, commencent à descendre dans les rues des grandes villes comme Séville, Malaga ou même, et c’est plus surprenant, Barcelone. Le phénomène est d’autant plus intéressant que la gauche, en Espagne, se croit « propriétaire » de la rue. Ces manifestations peuvent contribuer à démentir cette tendance. Au début, elles étaient spontanées, même si, à titre personnel, des militants de Vox (droite conservatrice) se mettaient en milieu de cortège, pour ainsi dire, afin de donner le ton. Depuis une semaine, plus ou moins, une certaine « rationalisation » commence à s’imposer, mais sans qu’aucun parti, groupe ou association ne prenne le dessus. À noter que le Parti populaire (centre droit, principale force d’opposition) semble bien embarrassé face à ce qui pourrait être la phase embryonnaire du réveil du « peuple de droite ». Les prochaines semaines, de ce point de vue là, risquent d’être passionnantes.

Comment sortira votre pays de cette crise?

C’est la question que tout le monde se pose, sans qu’aucune réponse satisfaisante ait été, jusqu’à présent, apportée. Ce qui est sûr, c’est qu’on court à la catastrophe (politique, institutionnelle et économique) si le Premier ministre Pedro Sánchez ne change pas d’attitude et, surtout, d’alliés. Au-delà du jeu politique, il est fort à parier que l’Espagne mettra une décennie, au moins, pour surmonter les ravages économiques et sociaux causés par la pandémie.

Y a-t-il, comme en France, une défiance généralisée et une impression de mensonge permanent vis-à-vis des autorités politiques et sanitaires ?

Oui, on peut le dire. Le phénomène est même inévitable, vu la liste interminable des mensonges de M. Sánchez depuis le début de la crise du Covid-19. Même ses (nombreux) relais médiatiques ne savent plus à quoi s’en tenir. Il suffit de lire l’éditorial d’El País de jeudi dernier pour s’en apercevoir. Sans parler des déclarations pitoyables et ridicules de certains de ses ministres, à commencer par le vice-Premier ministre Carmen Calvo. Les « couacs » font désormais partie du quotidien du gouvernement de M. Sánchez qui, par ailleurs, fait semblant d’ignorer des dérives dangereuses : l’autre vice-Premier ministre, Pablo Iglesias, leader de Podemos (communiste), ami et allié de Jean-Luc Mélenchon, n’a pas hésité, la semaine dernière, à menacer les dirigeants des partis de droite d’envoyer des militants les harceler à la porte de leurs domiciles si les protestation devant le sien (une luxueuse villa située a une trentaine de kilomètres au nord de Madrid) ne cessaient pas, alors que rien ne prouve que ses opposants politiques en soient à l’origine.
N’oublions pas que ce sont des associations proches de Podemos qui sont à l’origine de cette pratique funeste des harcèlements domiciliaires (escraches, dans le jargon politique espagnol), commencée lorsque le Parti populaire était au pouvoir entre 2011 et 2018. Quoi qu’il en soit, ces menaces, dignes d’un régime totalitaire, sont inacceptables et Podemos est à l’origine de cette funeste habitude des harcèlements en démocratie. Mais que faut-il attendre de quelqu’un dont les référents politiques sont à Caracas et à La Havane ?

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