Un jeune ancien militaire français a été appréhendé, le 9 mars dernier, à sa descente d’avion au Maroc. L’affaire a fait la une des gazettes. La peur fait vendre. L’inconscient collectif a été ramolli par des décennies de paix et labouré par des années de faits divers et de télé pin-pon, à base de séries genre “Duchemolle juge et flic”. C’est assez savoureux de lire les éléments de langage conçus pour effrayer le bourgeois : un “specialiste des explosifs”, qui aurait reçu un “entraînement de type commando”… Oui, l’armée est une école d’excellence. Oui, la trahison, la désertion ou la mutinerie, le “fragging” ont toujours existé et existeront encore. Mais s’il est un corps qui sera menacé en dernier, c’est bien l’armée. En temps de guerre, la solution est… radicale : entre une et douze balles dans la peau. Ce qui aujourd’hui fait larmoyer les commentateurs guimauves commémorant 1914-18 à la télé, entretenant leur antimilitarisme bobo de soixante-huitards si fiers d’avoir échappé à la corvée militaire de tour de garde et de chiottes.

Il y a dix ans, je dirigeais une PME dans un secteur de pointe. Le genre d’entreprise qui recrute à bac+5. Déjà à l’époque, on y causait discrètement et on y rangeait sa nourriture halal soigneusement à part dans le frigo. La boîte, ponctionnée de charges, taxes et réglementations, survivait grâce aux dispositifs alambiqués d’exonérations et allégements conçus par des bureaucrates pervers. Un jour, cette administration folle a refusé le crédit d’impôt qu’elle allouait chaque année. La a mis la clé sous la porte. Que sont devenus ces employés, jeunes femmes prêtes à mettre le , jeunes hommes à la barbe naissante ?

Si tout sait que la “radicalisation” finit mal, personne ne veut savoir où elle commence, ni pourquoi. La radicalisation est une colère. Une colère contre une forme de société. Elle commence par une moche barbe et un vilain voile. Une issue pour échapper au diktat esthétique du clip de et de “tinder”, aux injonctions du Planning familial et de de “YouPorn”. Une alternative face aux nouvelles normes sociales de la “drague relou”, des coucheries de voisinage et de l’adultère de bureau. Cette colère, certains ont longtemps cru la manipuler. Des idéologues tordus nous ont expliqué qu’il faut travailler “l’égalité-des-chances-et-la-” en luttant “contre-le-racisme-et-l’antisemitisme”. Ils n’ont pas voulu traiter de la critique sociale portée par les radicaux.

Si nous voulons lutter, commençons par nos propres faiblesses d’esprit, nos paresses intellectuelles, nos petits abandons. Si nous tenons vraiment à notre société, notre pays, notre nation, notre territoire, notre culture, il faudra nommer ses fléaux sociaux, renoncer à nos conforts égoïstes, nos erreurs, nos postures, nos mensonges, nos tricheries qui sont le premier terreau de “radicalisation”.

Alors, mais alors seulement, nous pourrons espérer regagner les cœurs et les esprits.

12 mars 2016

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