“Le but de l’olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’humanité en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine” : ce principe fondamental n’a guère été respecté dans la compétition de judo, catégorie poids lourds. Un judoka égyptien a refusé, à l’issue du combat où il avait perdu, de serrer la main de son adversaire, non par déception, mais parce que le vainqueur était… israélien. Il a également refusé de le saluer en s’inclinant : l’arbitre a dû le rappeler à l’ordre.

Le président du Comité olympique égyptien avait pourtant déclaré, avant le début des Jeux, que l’Égypte “ne [mélangeait] pas la politique et le sport”. Mais les pressions des médias arabes et égyptiens auraient été très importantes. Un porte-parole de la Fédération internationale de judo a estimé, pour sa part, que “c’est déjà un grand progrès que les pays arabes acceptent de combattre contre Israël”. Tout juste s’il n’a pas remercié le judoka égyptien.

Ce comportement déplacé n’est malheureusement pas exceptionnel. Les athlètes israéliens font régulièrement l’objet de boycotts lors de compétitions internationales. Pierre de Coubertin a dû se retourner dans sa tombe, lui qui pensait que l’idéal olympique pouvait contribuer à la paix dans le monde. On est loin de la tradition antique de la trêve olympique pendant laquelle toutes les hostilités entre nations devaient cesser.

On a le droit de critiquer la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens. De là à faire entrer dans le sport le conflit israélo-palestinien… Les joutes olympiques devraient être l’occasion de rapprochements entre les peuples, plutôt que de souligner, même symboliquement, leurs dissensions. L’Égyptien a suscité à juste titre les sifflets du public. Il est peu probable, cependant, que ce soit une initiative personnelle : le judoka a sans doute suivi une consigne venue de plus haut, qui n’honore pas ceux qui l’ont donnée et montre que ce conflit majeur au Moyen-Orient est un nœud gordien qui n’est pas près d’être tranché.

À l’opposé, deux gymnastes coréennes, l’une du Nord, l’autre du Sud, ont posé ensemble pour un selfie : la scène, immortalisée par le photographe d’une agence de presse, a fait le tour du monde. Pourtant, ces deux pays sont théoriquement toujours en guerre, n’ayant pas signé de traité de paix après l’armistice de 1953. La gymnaste sud-coréenne de dix-sept ans, qui avoue ne pas trop s’y connaître en politique, s’est dite « abasourdie » par le déferlement médiatique créé par ce geste, naturel entre deux athlètes qui se respectent et s’admirent, ajoutant avec une certaine ingénuité ce message d’espoir : “On se mélange avec les autres athlètes. On se salue. Alors pourquoi est-ce que nous [les Coréens du Sud et du Nord], on ne pourrait pas le faire aussi ?”

Savoir si Kim Jong-un va apprécier ce rapprochement, c’est une autre affaire ! La république populaire démocratique de Corée, qui n’est ni populaire ni démocratique, a conservé les meilleures traditions staliniennes : elle pourrait bien accuser sa gymnaste d’intelligence avec l’ennemi.

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