Deux adolescents toulousains de 15 ans, fuguent. Destination ? Le jihad en Syrie. Un père, effondré, qui confie à France 24 : « Mon fils a subi un lavage de cerveau sur Internet depuis le mois de décembre. Il y a eu des échanges de messages sur Facebook, des vidéos sur la guerre en Syrie. Sur son ordinateur et sur son téléphone portable, il était connecté sur les réseaux sociaux en permanence avec son copain. »

Quelques mois avant, deux autres frères, Nicolas et Jean-Daniel, 30 et 22 ans, natifs de Toulouse, Français de souche et convertis à l’islam, partent eux aussi se battre en Syrie. L’un meurt dans un attentat-suicide ; l’autre tombe les armes à la main.

À chaque fois, le même profil. Pour le père des deux défunts, cité par Le Figaro du 13 janvier : « Ce ne sont pas mes fils qui sont partis en Syrie. Ils ont été conditionnés, mais je ne sais toujours pas où, ni comment. Qui a piloté tout ça ? (…) Les jeux vidéo ont certainement eu un impact nocif sur Jean-Daniel. Je regrette de ne pas avoir eu l’autorité nécessaire pour l’empêcher de s’abrutir devant l’écran. Il y jouait, en abusait. Ils ont été sensibles et fragiles à n’importe quel discours fanatique, car c’est cela qu’ils ont subi. »

Pour Alain Chouet, ancien chef du Renseignement de la Direction générale de la sécurité extérieure, (DGSE), à en croire le même quotidien : « Ces convertis font preuve d’une ignorance pyramidale de l’islam, ne parlent pas l’arabe et n’ont jamais lu le Coran. (…) Autoradicalisés et embrigadés par des imams wahhabites prêchant le retour à l’âge d’or du Prophète, ils sont bercés dans une sorte de romantisme de l’action extérieure… »

D’autres explications, peut-être… La première, le déclassement social. La frustration devant une société de plus en plus hédoniste, mais qui ne permet pas à tout un chacun, chômage de masse et paupérisation obligent, de financer ses pulsions consuméristes.

La seconde, l’éternel quart d’heure de célébrité médiatique warolien. Car pour sortir de l’anonymat de ces zones de non-droit, et surtout de non-culture, les choix sont drastiquement limités. Faire du rap ? Les disques ne se vendent plus. De la télé-réalité ? S’il y a de la place pour une Nabilla ou une Zahia, les tourniquets de la célébrité sont fermés à leurs homologues masculins, qu’ils soient ou non de type sud-méditerranéen et régulièrement refoulés à l’entrée des boîtes de nuit.

Alors, comment exister sur Youtube ou Dailymotion et se faire de nouveaux faux amis sur les réseaux sociaux ? Un jihad à deux balles cinquante. Qui permet de poster des vidéos sur la toile, déguisé en combattant de carnaval.

Le paradoxe, c’est que ce phénomène nouveau en nos contrées coincide avec une déclaration de Khalid Sheikh Mohammed, “cerveau” des attentats du 11 septembre, détenu à Guantanamo, et qui vient d’appeler officiellement à l’arrêt de toute « violence visant à répandre l’islam, cela étant interdit par le Coran ». Déclaration faite sous la contrainte de ses geôliers ? Qui sait… Mais il est un fait que la sourate 2 :256 du Coran est assez explicite : « Nulle contrainte en religion ».

Cela, ces enfants perdus ne le savaient pas. Tout aussi ignorants des traditions de leur religion d’accueil que les nôtres le sont de celles de leur foi d’origine. Mais ce sont aussi nos enfants. Et c’est notre société qui a contribué à les engendrer. Responsables mais pas coupables ?

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