Editoriaux - Politique - Société - Sport - Table - 21 août 2016

Jeux olympiques : ne boudons pas notre plaisir !

Il y a quelque chose de réconfortant, à une époque où la société française se délite à l’intérieur, et est attaquée de l’extérieur, à suivre le spectacle des Jeux olympiques et méditer leurs leçons.

Prenez le rituel des podiums et des hymnes : les raisons pour lesquelles il en irrite certains sont précisément celles pour lesquelles je vibre à l’unisson. Podiums et hymnes sont vécus comme des récompenses méritées et des moments d’émotion intense, sincère, patriotique. En tant que simple citoyen et téléspectateur lambda, j’avoue me prendre aux Jeux. Je ne sous-estime pas les dégâts causés par certains à-côtés sombres et peu glorieux du sport de haut niveau, mais pourquoi faire la fine bouche ? Au cours de cette quinzaine, on a pu voir de jeunes Français de toutes origines, races, conditions sociales déborder de bonheur, verser leur larme, entonner “La Marseillaise” et accorder des interviews qui constituaient des leçons de morale susceptibles d’être entendues et comprises dans des quartiers où la parole des enseignants et des pouvoirs publics a, hélas, perdu toute crédibilité.

« Je remercie mes entraîneurs, ma famille, mon club ; j’ai travaillé, j’ai tout sacrifié pendant quatre ans ; si on veut, on peut ; il faut chercher à vivre ses rêves ; je suis heureux et fier pour ceux qui m’ont fait confiance ; les messages d’encouragement venus de toute la France sur les réseaux sociaux m’ont fait beaucoup de bien, je remercie tout le monde… Le travail paie. »

Curieusement, alors que le nivellement par le bas est, pour nos dirigeants politiques et nos « spécialistes » de pédagogie, le stade suprême de l’égalité, l’élitisme est bien vu dans le monde sportif. On a le culte de la performance, on admire ceux qui se battent, qui ont du panache, qui poursuivent la quête de l’excellence et visent la première place… bref, le contraire de la médiocrité.

Depuis la cour de récré où les élèves studieux passent pour des « fayots » jusqu’à la sphère publique où l’on se méfie des entreprises qui font « trop de profits », de nombreux Français sont conditionnés à détester la réussite. Heureusement, le succès en sport jouit encore d’une bonne cote.

J’ai aimé l’Euro car le onze de Didier Deschamps a su effacer les mauvaises impressions et les mauvais souvenirs laissés par les équipes de France de la décennie précédente, mais l’univers du foot dégouline trop souvent de fric et de prétention. J’admire plus encore les obscurs qui s’entraînent sur les rings, dans les gymnases, les piscines ou les stades d’athlétisme et qui ne voient les projecteurs de l’actualité se braquer sur eux qu’une fois tous les quatre ans. Ces judokas, boxeurs, tireurs, rameurs, escrimeurs, handballeurs, lanceurs forcent le respect… Ils ne sont pas seuls ; ils ont bénéficié du soutien et des conseils d’entraîneurs qui se sont mis à leur service ; ils portent les espoirs des supporters ; ils témoignent que la persévérance, l’assiduité, la rigueur ainsi que le respect des règles, de l’équipe et du maillot paient.

On a supprimé le brassage social que permettait le service national, cassé l’institution scolaire à force de réformes stupides et de gaspillages, fabriqué des héros de pacotille pour la télé-réalité… mais le sport tient bon, avec ses valeurs, sa fraternité dans l’effort, ses hiérarchies incontestables et ses champions qui sont aussi, le plus souvent, des personnalités fortes et exemplaires. En outre, quand l’événement se déroule dans le site enchanteur de Rio de Janeiro, on croit rêver. Les dures réalités ne tarderont pas à revenir… En attendant, ne boudons pas notre plaisir.

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