Le jeu dangereux de la Turquie

Le président de la République, lors d’une interview accordée vendredi dernier, s’est inquiété d’un risque de guerre avec la Russie. Pour une fois, il n’avait pas tort mais il aurait pu préciser : surtout à cause du comportement agressif de la Turquie.
C’est ce pays qui, actuellement, provoque ouvertement le monde occidental. Ce pays que des membres de l’Union européenne, nuls en géopolitique, souhaiteraient voir intégrer une Europe déjà bien souffrante et presque à l’agonie.

L’objectif prioritaire de toutes les opérations militaires organisées par les Turcs est d’empêcher le contrôle de la quasi-totalité, pour le moment, de la zone frontalière entre la Syrie et la Turquie, par les forces kurdes.

Dmitri Medvedev (Дми́трий Медве́дев), Premier ministre russe, a mis en garde, samedi, contre toute intervention au sol des pays de la coalition Turquie/Arabie saoudite. Prévenant qu’une nouvelle guerre froide se présentait.

L’Union européenne a été “fabriquée” pour se préserver, si possible, d’une troisième guerre sur son continent. Soit ! Mais pourra-t-elle empêcher cette guerre à ses frontières ? Nous y avons déjà échappé de très peu lors de l’affaire ukrainienne, en se montrant conciliant sur l’annexion de la Crimée. Y parviendrons-nous, malgré la tension extrême, bien plus menaçante et présente aujourd’hui, qui oppose depuis des années les Russes aux Turcs ?

Rappelons l’avion russe Su-24 abattu par l’aviation turque parce qu’il survola, durant 17 secondes, l’espace aérien de ce pays.

Il s’agissait déjà, selon le général russe Sergueï Roudstoï, d’un acte de guerre prémédité et Vladimir Poutine dénonça “un coup porté dans notre dos par ceux qui soutiennent le terrorisme et couvrent les trafics de pétrole, d’êtres humains, de drogue et d’œuvres d’art”. De son côté, le président turc Erdoğan avertissait de “ne pas jouer avec le feu”.

Le samedi 13 février, des cibles kurdes ont été bombardées par l’armée turque dans la region d’Azaz, sur le territoire syrien, mais également des positions de l’armée syrienne. Cela a été confirmé par le Premier ministre turc Davutoğlu. Selon les Kurdes, ces frappes visaient l’aéroport militaire de Minnigh, repris le 10 février par les forces kurdes, et situé à une dizaine de kilomètres de la frontière turque, sur la route d’Alep. Davoğlu annonçait, par la même occasion, le lancement d’une vaste opération militaire contre les Kurdes, considérés comme une branche armée du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).

Il est certain que les forces russes n’hésiteront pas à se dresser contre toute intrusion de la Turquie en territoire syrien, et encore moins à abattre des avions turcs en opération de bombardement sur le territoire syrien. Ce ne serait plus une “guerre froide” mais une guerre tout court, avec un risque important d’éclatement mondial, compte tenu de l’appartenance de la Turquie à l’OTAN et, donc, de la protection des USA et, à un degré moindre, de l’Europe.

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