Editoriaux - Histoire - Industrie - Table - 27 février 2016

J’étais vétérinaire inspecteur dans un abattoir

J’ai travaillé quelques années comme vétérinaire inspecteur dans des abattoirs de porcs, un métier bien loin d’être plaisant, comme on peut l’imaginer, mais je n’ai jamais assisté à des spectacles comme ceux qui nous ont été imposés ces derniers jours.

On diabolise souvent l’abattage “industriel” en disant que l’animal y devient un objet ; c’est un peu vrai, et il est sans doute vrai, aussi, que l’homme risque d’y perdre son âme. Je n’ai, personnellement, jamais pu passer dans la partie de l’abattoir où attendent les animaux vivants sans que me vienne à l’esprit, de manière irraisonnée, des images récentes de notre histoire collective. Je croyais finir par m’y habituer, je n’ai jamais réussi.

Il n’y avait plus, comme lors des nombreux abattages rituels auxquels j’avais assisté dans la brousse africaine, ou comme lors de l’abattage du cochon à la ferme il y a quelques décennies, ni cérémonial ni respect pour l’animal. Je ne veux évidemment pas, en disant cela, justifier l’abattage rituel qui n’a pas pour moi sa place en France ; Alain de Peretti, qui s’exprime quelquefois ici, doit d’ailleurs se réjouir de la prise de position récente dans ce sens du Conseil de l’ordre des vétérinaires.

Si l’on ne se place maintenant plus du point de vue de l’homme mais de celui de l’animal, il est indiscutable que l’abattage sur une chaîne bien équipée et bien gérée génère beaucoup moins de souffrance. L’animal, si tout est fait comme prévu, est conduit calmement dans un couloir, avance entre deux tapis roulants inclinés, est brièvement électrocuté, immédiatement saigné, et ne se réveille pas de l’électronarcose subie. Il y a quelques cas où tout ne se passe pas parfaitement, mais de mon expérience, la proportion était nettement inférieure à 1 %. C’est toujours trop, et c’était une partie de notre travail de ne pas nous en satisfaire.

Dans un petit abattoir qui voit passer des animaux d’espèces différentes, les choses sont beaucoup plus difficiles à organiser et sont largement fonction de la qualité du personnel de l’abattoir. Tout peut se passer “au mieux” (il s’agit quand même toujours de tuer un animal), mais tout peut tourner au plus mal, comme on vient de le voir. Si l’agent chargé de conduire les animaux vivants se conduit comme un petit chef, on peut s’attendre au pire !

Small n’est pas toujours beautiful. Même si, heureusement pour les éleveurs pratiquant la vente en direct et leurs animaux, un petit abattoir de proximité, bien géré avec un personnel de qualité, peut faire un très bon travail !

On n’a jamais pris autant de mesures pour garantir un abattage correct que dans les abattoirs industriels, et on n’a jamais eu autant l’impression d’y perdre notre âme… Comment l’expliquer ?

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