Editoriaux - 8 décembre 2016

Jérôme Cahuzac : prends l’oseille et tire-toi… en taule !

Dura lex, mais sed lex quand même : le couperet judiciaire vient donc de tomber sur et son ex-épouse, Patricia Ménard ; aucun rapport, il va de soi, avec le Robert bien connu de nos lecteurs. Pour l’ancien ministre du Budget, chargé de la lutte contre la fraude fiscale, trois ans de prison ferme sans aménagement de peine et deux ans pour celle qui était largement partie prenante de ce couple “enraciné dans la fraude”, pour reprendre les propres termes de l’avocat général.

Tel qu’il était prévisible, les duettistes en question font appel et, faute de mandat de dépôt, ont pu rentrer tranquilles dans leurs pénates respectives, libres comme l’air, tels de vulgaires Balkany. Sauf que, là, l’affaire est autrement plus grave que pour les Thénardier de Levallois-Perret, arsouilles aussi emblématiques qu’un Bernard Tapie en son temps : il s’agissait de l’homme chargé de lutter contre la fraude fiscale des plus fortunés de nos concitoyens, et aujourd’hui reconnu coupable de ces mêmes délits qu’il entendait poursuivre ; un peu comme si François Mitterrand avait ordonné au garde des Sceaux de pourchasser les derniers fidèles du maréchal Pétain.

Ainsi, l’adjoint d’Éliane Houlette, procureur national financier, un certain Jean-Marc Toublanc – un tel patronyme ne saurait s’inventer en la circonstance –, assure-t-il : “Si la détention est courante dans les affaires de droit commun, elle reste l’exception en matière d’infractions financières. Or, celles-ci creusent les inégalités, nourrissent le sentiment de nos concitoyens et propagent l’idée qu’il existe une impunité des puissants.” On ne saurait mieux dire.

Envoyer une racaille encapuchonnée en prison parce qu’il tenait les murs de la cité tout en vendant du shit, alors qu’un gandin costumé sur mesure peut se jouer des règles qu’il est censé appliquer ? Qui ne rirait pas ? Tout comme il est n’est pas illicite de rigoler sous cape devant la plaidoirie de Jean Veil, l’avocat du couple Cahuzac : “En condamnant l’ex-ministre du Budget à de la prison, le contribuable est lui aussi sanctionné […] Car c’est lui qui paie les gardiens de prison et l’ensemble des frais de l’embastillement.” Tiens donc. À ce compte, au lieu d’encabaner un Charles Manson – ce qui coûte assez cher au contribuable californien -, on pourrait (hypothèse d’école) l’affecter à la protection de la dernière madame Roman Polanski en date, la si jolie Emmanuelle Seigner…

Explications de Jean Veil : “Nous ne demandons pas que Jérôme Cahuzac soit exonéré de sanctions, nous recherchons une situation qui ait à la fois une légitimité, qui montre qu’il soit exemplaire, mais qui, en même temps, ne soit pas, comment dirais-je, aussi privatrice de liberté.” Eh oui, Dugenou, ça s’appelle la prison, endroit réservé à ceux qui violent la loi et encore plus à ceux, censés la faire respecter, qui la détournent avec un infernal culot !

Mais il en faudrait plus pour désarçonner l’avocat de Jérôme Cahuzac, dont on en vient à se demander si son système de défense relève du saut à l’élastique sans élastique ou du suicide rituel cher à certaines tribus de l’Amazonie et de ses proches environs : “Mon client est déjà sanctionné, car vivant en proscrit. Il ne peut plus vivre en ville. […] Il vit totalement en proscrit parce que les gens ne supportent pas la rupture du lien social qui est le fruit de la fraude fiscale.” Celle-ci, il fallait tout de même l’inventer. Et, surtout, ne pas manquer de la raconter aux artisans et petits patrons en proie à l’inquisition fiscale, laquelle se moque bien que ces infortunés parfois poussés au suicide soient en « rupture de lien social ».

Nous vivons, décidément, une époque épatante.

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