Culture - Editoriaux - Société - 11 septembre 2016

J’en ai assez des causes qui surgissent à tout bout de champ !

Nous avons eu à peine le temps de respirer que déjà une nouvelle cause, évidemment noble, est projetée dans l’espace public et qu’elle est parrainée par une soixantaine de marraines, de parrains et d’associations engagées pour la promotion de l’égalité "hommes/femmes". Durant six mois, un plan d’action de mobilisation contre le sexisme va être mis en œuvre à l’initiative du ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol.

Il s’agira "d’aller débusquer le sexisme partout où il se cache" – vaste programme ! -, d’autant plus que le ministre, conscient qu’une loi ne suffira pas pour changer les comportements, affirme qu’il "faut que la société s’implique dans le changement".

Que Julie Gayet, compagne du président de la République, soit l’une des marraines n’a rien de choquant – offensant de soutenir qu’il s’agit d’une "promotion canapé" – puisqu’elle a toujours été accordée à cette lutte.

Mais, malgré ces deux estimables personnalités, on peut douter de l’utilité et de l’efficacité d’une telle entreprise malgré les bons sentiments qui rendent téméraire la moindre discussion à son sujet.

Convient-il d’être ébloui parce que Julie Gayet aurait déclaré que "la femme, c’était le féminisme" ? Cette assertion vaut aussi peu que de relier l’homme à l’humanisme. Cette double pétition de principe oublie l’essentiel qui tient à la diversité des rapports qu’un homme ou une femme entretient avec sa nature et, donc, à sa manière, d’être intime aussi bien que sociale. Une femme, par exemple, ce n’est pas nécessairement le féminisme à la Julie Gayet ! Ce n’est même pas forcément du féminisme ! Il y a des femmes qui ne font pas de leur identité et de leur liberté une cause. Juste du bonheur.

Qui peut croire au caractère opératoire d’une telle initiative, aussi durable qu’elle soit ?

Les limites de la loi sont bien connues pour prétendre modifier en profondeur des comportements que les tempéraments et la quotidienneté professionnelle révèlent selon toutes sortes de modalités. On ne change pas par décret les conservatismes !

L’implication de la société, en dépit du volontarisme affiché, ne pourra pas être plus forte qu’elle ne l’est aujourd’hui avec le seul recours à des pratiques exemplaires et à des recommandations convenues dont on espère qu’elles influenceront tous ceux qui ne partagent pas la même vision de la femme, de l’homme et du féminisme. À mon avis, vœu pieux car on ne métamorphose pas aussi aisément ce que la vie a façonné et la culture enrichi pour le meilleur ou pour le pire.

Je reste encore dans une argumentation qui ménage le principe même de ces mois de mobilisation contre le sexisme.

J’ai envie d’aller plus loin. J’en ai assez des causes qui surgissent à tout bout de champ, avec lesquelles on nous interpelle comme on dit aujourd’hui et qui, si nous allions à la rencontre de toutes, nous donneraient le tournis.

On ne les compte plus. Pour la cause animale, les chiens, les chats, les pères célibataires, la garde des enfants, l’environnement, contre la famine ici ou là, pour les sans-papiers, pour le mariage des prêtres, pour Israël ou pour la Palestine, pour une multitude de sujets érigés en problématiques brûlantes dont le peuple doit s’emparer dans l’instant.

Certes, le combat pour l’égalité des hommes et des femmes est d’une autre nature et j’entends bien qu’on n’a pas le droit de s’en gausser mais, tout de même, pour cette cause comme pour tant d’autres, on a mal à la tête et on demande grâce.

Cette hypertrophie des causes me semble le signe de l’impuissance des pouvoirs à gérer l’essentiel. à se concentrer sur le principal.

Extrait de : On en a marre des causes !

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