Editoriaux - 28 novembre 2014

Jeff Koons : le “balloon” serait-il en train de se dégonfler ?

À l’heure où le Centre Pompidou organise la première rétrospective européenne de « l’artiste », ce titre peut paraître paradoxal. Et pourtant…

Et pourtant, peut-être en raison du contexte de crise, des scandales financiers et du désir de démantèlement des paradis fiscaux au nom de la corruption qui gangrène la planète, on n’a jamais vu la contestation de ce champion du bidonnage artistique s’exprimer avec tant de liberté.

À la veille de l’ouverture de son exposition, Jeff Koons confie à l’AFP : “À 17 ans, j’ai réalisé que je ne connaissais rien à l’art.”  Libération, qui titre “Koons, dollars et du cochon”, se demande comme beaucoup “si, quarante-deux ans plus tard, il est beaucoup plus avancé”.  De son côté, Le Monde s’interroge sur le “serial créateur” , détaillant un art qui se résume à “argent, kitsch et controverse”, quand Le Figaro s’interroge : “Jeff Koons, imposteur ou créateur ?”  Il n’y a guère que Télérama, ramant comme toujours du côté des pseudo-intellos friqués, qui se garde bien de prendre parti : “Aussi connu qu’une rock star, cet esprit ambigu, qui offre une vision moraliste (sic !) de notre époque avide d’images faciles, égaiera, c’est sûr, notre saison d’hiver. Des aspirateurs sous vitrine aux cœurs rose pétant à la surface impeccable, le roi du kitsch assumé au style néo-pop fascine tant qu’il faut penser à réserver. On y revient, évidemment.” Dans le genre servile, difficile de faire pire.

Pourtant, là encore, et ce n’est pas le moins étonnant, l’un des patrons du groupe auquel appartient Télérama – Pierre Bergé en personne –, grand collectionneur d’art avec feu son compagnon Yves Saint-Laurent, n’hésite pas non plus à mettre les pieds dans le plat. Répondant mardi soir, sur RTL, à l’une de ses interlocutrices qui disait avoir été “très émue” par le homard accroché dans le Salon de Mars à Versailles, il déclarait : “Évidemment, opposer le Grand Siècle à du contemporain, quel qu’il soit, ça marche à tous les coups ! […] Je suis fatigué d’entendre le mot art mis à toutes les sauces.” À quoi Roland Cayrol, autre invité, ajoutait : “Versailles m’a révolté ! Je n’irai pas à Beaubourg, j’en ai vu assez comme ça !” 

Ancien trader en matières premières à Wall Street, Jeff Koons en a gardé tous les codes et toute la philosophie. Il en a aussi gardé les clients: Pinault, Arnault, Madoff du temps de sa gloire, et autres milliardaires chinois sachant, comme le dit encore Pierre Bergé, que « sa cote est fabriquée par des marchands pour des marchands avec la complicité de quelques collectionneurs ». Rien que des rois du business. Et Jeff Koons en est un, lui qui emploie dans son atelier pas moins de 130 personnes pour ses bidonnages psychédéliques.

À ce jour, le fabricant de ballons est l’artiste le plus cher du monde : son Balloon Dog (en version orange) s’est vendu le 12 novembre 2013, chez Christie’s à New York, la coquette somme de 58 millions de dollars. Chiffre d’affaires cette année-là : 177 millions de dollars.

Aujourd’hui, le Balloon Dog orne le sac vedette d’une marque de prêt-à-porter grand public : H&M. Marque qui est – un hasard, n’en doutons pas – l’un des mécènes de l’exposition du Centre Pompidou. Une opération marketing qui a du chien, assurément…

À lire aussi

Jean-Paul Delevoye : quand le « Monsieur retraites » se prend les pieds dans l’omission…

Une démission du gouvernement, peut-être ? …