Mince, alors ! abandonne le JT de 13 heures de TF1. Trente-trois ans à causer dans le poste, ce n’est pas rien. Ses audiences ? Toujours himalayennes et propres à faire pâlir tous les Laurent Ruquier du PAF. Certes, à soixante-dix ans, il n’est pas forcément illégitime de vouloir prendre un peu de recul, quitte à poursuivre, de temps à autre, ces initiatives qui lui tiennent tant à cœur, SOS Villages ou le concours du plus beau marché de France.

Pourtant, le 22 février 1988, quand il remplace la star d’alors, Yves Mourousi, le pari est des plus risqués, sachant que Pernaut fait justement figure d’anti-Mourousi.

Si ce présentateur à la voix sculptée par les alcools et le tabac est l’un des rois des nuits parisiennes et le maître des paillettes et des villes, Jean-Pierre Pernaut sera bientôt celui de la paille et des champs. Le premier brille à l’international, goûte la fréquentation des grands de ce monde ; le second a toujours privilégié les terroirs, les gens de peu et de bien. Au Figaro, où il annonce son départ, il précise : « Je suis à l’image de mon JT, hors du microcosme parisien. Vous me verrez rarement dans des soirées mondaines. Je vis normalement. » Pourtant, à peine nommé, le même quotidien titre : « Jean-Pierre qui ? »

Anonyme, Jean-Pierre Pernaut ne le reste pas longtemps et ne tarde pas à imprimer sa marque. Tout d’abord en obligeant sa rédaction à aller voir ce qui se passe au-delà du périphérique, puis en montant un réseau d’une vingtaine de correspondants locaux, travaillant eux-mêmes le plus souvent dans la presse régionale. Depuis la naissance de l’ORTF, c’était quasiment du jamais-vu.

Et notre provincial revendiqué d’expliquer, le 16 septembre 2004, au Pèlerin Magazine : « Il faut savoir à qui l’on s’adresse. Nous, nous visons les habitants des petites villes et des villages. Pour cette raison, nous éloignons le journal de l’institutionnel. Quand un gouvernement annonce une augmentation du minimum vieillesse, nous n’allons pas interviewer le ministre, mais les personnes âgées. » D’où, aussi, ces reportages consacrés au dernier sourcier du Rouergue qui enseigne les mystères de son art à un jeune apprenti plutôt qu’aux intermittents du spectacle battant le pavé en bonnet péruvien et jeans à trous.

Le public ne s’y trompe pas. Avec six à sept millions de Français rivés, chaque jour, à leur poste, il s’agit d’un record européen jamais égalé pour cette tranche horaire.

Ceux qui ne s’y trompent pas non plus, ce sont certains confrères. Libération, le 24 janvier 2010, peine à contenir son mépris : « C’est un JT en sabots crottés révérant les belles régions, les métiers oubliés et la maouche cuisinée comme grand-maman. » Le Monde diplomatique, le 4 avril 2007, est encore plus direct : « C’est du racolage sécuritaire et du dédain de l’actualité internationale. »

Quant à la palme du mépris de classe, elle revient à Bruce Toussaint qui, dans Technikart, en septembre 2008, assure benoîtement : « Le 13 heures est devenu une sorte de reflet de la France assoupie. Que Pernaut soit de droite, conservateur et réac, ça ne me pose pas de problème. Le souci, c’est qu’il exprime ses opinions dans le JT. » Il est vrai que ce ne n’est pas à ses confrères que ça arriverait, d’exprimer leurs propres opinions politiques à l’antenne…

Le 9 décembre 1998, interrogé par Télérama, le très objectif hebdomadaire qu’on sait, Jean-Pierre Pernaut mettait déjà les choses au point : « Le JT de 13 heures est le journal des Français, qui s’adresse en priorité aux Français et qui donne de l’information en priorité française. Vous voulez des nouvelles du Venezuela ? Regardez la télévision vénézuélienne. Sur le Soudan ? Regardez les chaînes africaines ! »

Le concept est certes un peu court, mais se défend aisément. Inutile de préciser que ce cher Jean-Pierre Pernaut nous manque déjà.

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