Editoriaux - Industrie - Politique - Réflexions - 26 septembre 2014

Jean-Pierre Chevènement, inspirateur du Front national ?

Le virage du Front national n’a échappé à personne depuis des années. La droite nationale s’est peu à peu muée en gauche nationale, sous l’égide bien sûr de Marine Le Pen, mais aussi et surtout de Florian Philippot et des transfuges du Mouvement des Citoyens de . Florian Philippot ne commet jamais un impair durant ses interviews. Il est irréprochablement antisystème tout en ne tombant jamais dans les panneaux grossiers que les journalistes du reste ne lui tendent même plus.

Le Front national est devenu un parti social, souverainiste, défenseur d’un État fort et interventionniste, d’une politique industrielle héritière mettons du grand Colbert, de Napoléon III ou, bien sûr, du gaullisme. Le système actuel et ses pions au pouvoir ont tourné le dos à cette vision des choses.

Chevènement était monté à 14 % d’intentions de vote en 2002, avant de péricliter mais de conserver une puissance de nuisance qui empêcha Lionel Jospin d’être présent au second tour et de l’emporter sur un Chirac plus bon à grand-chose. Je pense pour ma part que Jospin aurait fait, malgré ses réformes sociétales, un meilleur président que Chirac, car son bilan était bon et il était l’émanation de la vieille génération socialiste — celle des Chevènement bien sûr — qui était encore française et pas au service de l’Amérique et de l’Europe. On peut aussi citer l’ex-ambassadeur Gabriel Robin, Roland Dumas et l’écrivain Régis Debray. Combien d’esprits semblables à l’UMP ?

Technocrate capable (comme il y en avait alors beaucoup), esprit brillant et curieux, idole d’Eric Zemmour, incarnation de la France républicaine et mousquetaire, Chevènement avait compris à quelle sauce nous nous ferions dévorer. Il m’avait conseillé à un Salon du Livre le très bon ouvrage de Gille Chatelet, Vivre et penser comme des porcs. Car, dès cette époque, au début des années 2000 donc, on pouvait voir que la menace anarcho-libérale et néo-totalitaire ne venait plus de la gauche mais du mondialisme, aussi bien assis à droite (Guy Sorman, le Figaro magazine, Sarkozy) qu’à gauche. La bourgeoisie sauvage, la droite morte et les « élites mondialisées » façon Dany le rouge se rallient comme toujours à l’occupant, virtuel ou réel – Bruxelles, Berlin, Manhattan, les marchés financiers.

Je me souviens aussi d’une vieille polémique. Dans le Matin de Paris, en 1982 je crois, le démon de BHL l’avait poussé à s’attaquer à Jean-Pierre Chevènement qu’il accusait d’être un « impudent et sourcilleux ministre » et surtout un « homme de droite ». La messe était dite car notre BHL multinational ne se trompe jamais quand il s’agit de désigner un ennemi stratégique. Ce mixage presque dumézilien (Mitra-Varuna) entre le Front national, incarnation de la « pensée sauvage » chère à Jean Baudrillard et le chevènementisme aura été une très bonne affaire pour nous, derniers démocrates de ce polder « hollandais » à la remorque de tout le monde qu’on appelle la France.

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