peut savourer sa victoire. À quelques mois des élections régionales, son pouvoir de nuisance n’a jamais été aussi envahissant. Il compte bien s’accrocher jusqu’au bout à son titre de président d’honneur du FN. Et tant pis si 94 % des adhérents (du moins ceux qui ont voté) ne veulent plus de lui. Il restera de gré ou de force. Inoxydable, indégommable, indéboulonnable.

94 % : le chiffre est digne d’une république bananière. Il est sans doute la preuve que les frontistes, y compris ses thuriféraires, ont réalisé que Jean-Marie Le Pen était devenu davantage un problème qu’une solution. Car il lui suffit de dégoupiller quelques formules explosives dans la presse pour dynamiter en quelques secondes des années de dédiabolisation amorcée par Marine Le Pen. Il ne digère pas de voir sa ligne politique phagocytée par celle de son ennemi juré Florian Philippot. Alors, il s’est évertué à démontrer qu’il avait toujours les cartes en main et qu’il n’était pas près de se coucher. Mais il n’avait pas prévu qu’il serait à ce point désavoué par les siens. La justice est le seul joker qui lui reste ; il ne se privera pas d’en abuser.

Les procédures judiciaires lui ont, par trois fois, donné raison. Un vote par correspondance ne peut légalement pas faire modifier les statuts du parti ni destituer le vieux lion de sa couronne. Pour ce faire, il faudra convoquer physiquement une assemblée générale extraordinaire. Pas facile, comme dirait François Hollande. On imagine sans mal la jubilation des juges et des médias à voir le Front national condamné à traîner ce trublion incontrôlable comme un boulet, au moment où la conjoncture ne lui a jamais été aussi favorable : il arrive en tête des intentions de vote au premier tour dans plusieurs régions, notamment le Nord-Pas-de-Calais, que Marine Le Pen a de sérieuses chances de rafler. Après avoir agité la menace d’une candidature dissidente en PACA où Marion Maréchal pourrait créer la surprise, Jean-Marie Le Pen aurait, dans un moment de lucidité, écarté cette éventualité. Jusqu’à la prochaine volte-face ?

Ce triste étalage de dissensions internes indique que le FN est, en définitive, un parti comme les autres, avec ses guerres intestines, ses différents courants plus ou moins radicaux, ses querelles d’ego. La belle image d’unité, de leadership incontesté dont il pouvait se prévaloir jusqu’ici est écornée, mais offre l’occasion de clarifier enfin une ligne politique ballottée entre les cadres historiques et la nouvelle génération Bleu Marine. Cette dernière a remporté la mise et séduit un nombre croissant de sympathisants. Évincer avec un tel empressement Jean-Marie Le Pen après ses propos sulfureux dans Rivarol n’était pas très malin, compte tenu des réactions outrancières du personnage. Mais son entêtement à se cramponner à une gloire fantôme, quitte à torpiller son propre camp, confine au ridicule.

Jean-Marie Le Pen clame à qui veut l’entendre que la consultation des adhérents est “une escroquerie” à l’issue de laquelle “Marine Le Pen se tire une balle dans la tête”. L’arnaque ne se situerait-elle pas plutôt du côté de celui qui a chanté sur tous les tons, pendant des décennies, son amour de la France, et qui se révèle prêt à réduire son parti en cendres, pigeonner ses militants, léser ses électeurs, par pure mégalomanie ?

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