Editoriaux - Internet - Médias - Politique - Presse - Sciences - 23 mars 2017

Jean-Luc Mélenchon ovationné à l’ESSEC

Ceux qui doutaient encore que cette campagne présidentielle, au lieu de mettre la politique à l’important niveau de considération qu’elle mérite, l’abaisse au contraire jusqu’à en faire un spectacle de foire où les médias sont un miroir déformant des tares des uns et des vertus des autres, et dont les doutes n’avaient pas été dissipés par l’incongruité des ralliements contradictoires au banquier Macron (dont il faut rappeler que le panel des amis va du milliardaire Pierre Bergé jusqu’au communiste Hue, en passant par tout ce que la place de Paris compte d’arrivistes et de coquilles vides), ne pourront plus nier, après cette nouvelle séquence, que cette élection est la cour des miracles où, décidément, plus grand-chose n’est à sa place et plus grand monde n’est dans son rôle.

Dernier exemple en date, ce 22 mars 2017 : la visite de Jean-Luc Mélenchon à l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC), où le pourfendeur de l’argent-roi a été ovationné comme une rock star par un public pourtant composé d’apprentis financiers à qui l’on enseigne la science de la domination par l’argent du monde et des grands équilibres. La presse, se faisant l’écho de cette scène improbable, attribue cette bienveillance des élèves à la notoriété acquise peu avant par Jean-Luc Mélenchon, dont les meilleurs moments de sa prestation au “Grand Débat” diffusé sur TF1 le 20 mars ont été isolés et largement diffusés sur les réseaux sociaux.

Gare, toutefois, à ne pas croire qu’il s’agit d’un florilège de ses plus fines analyses politiques : le monde d’Internet ne s’intéresse pas à ces questions. Il s’agit simplement de ce qu’on appelle maintenant “les punchlines”, petites phrases chocs destinées à moucher un adversaire soit pour “faire le buzz”, soit pour faire le malin – ce qui revient au même. En cette matière, Mélenchon est effectivement passé maître. De quoi ravir un public qui se contente de ce spectacle et accepte de troquer ses habits d’électeur pour ceux de spectateur, oubliant par faiblesse ou par lâcheté que, derrière le clown médiatique, il y a le doctrinaire politique dont le programme, lui, est beaucoup moins drôle.

La disparition des exigences politiques et des quelques valeurs qui déterminent habituellement le choix d’un programme et d’un candidat, et leur remplacement par la spectacularisation des débats, des échanges et des “clashs”, est exactement le terreau d’où a poussé l’organigramme de campagne d’Emmanuel Macron. Tant que la mise en scène générale d’une campagne électorale fera du degré de télégénie d’un candidat un argument en sa faveur, nous serons condamnés à voir le bureau de vote se transformer en salle de spectacle et le bulletin de vote en ticket d’entrée.

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