J’avais déjà remarqué l’attitude de Vincent Peillon lors du journal de TF1 il y a quelques jours. Durant plusieurs minutes, il avait monologué et c’est tout juste si la présentatrice avait pu glisser une ou deux questions timides dans le flot.

Il avait dû, évidemment, se limiter lors de la première joute médiatique de la primaire de la gauche où, malgré sa volonté d’en dire beaucoup et de dépasser les contraintes qui étaient imposées à tous, il s’en était tenu à peu près à l’équilibre.

Cette méthode de Vincent Peillon – ne pas laisser souffler et interdire tout questionnement -, j’ai constaté avec effarement qu’elle était pratiquée sur un registre irrésistible par au « Grand Jury RTLLe FigaroLCI ».

Les trois excellents journalistes ne sont pas en cause et Olivier Mazerolle, en particulier, a tenté tout ce qu’il a pu mais il n’y avait rien à faire.

Avec quel talent, quelle arrogance satisfaite du tour qu’il jouait, quelle volubilité et quelle domination, Jean-Luc Mélenchon a littéralement empêché toute interrogation, dirigeant le débat comme il l’entendait, suscitant le rire et la complicité comme il le décidait, rabrouant doucement parce que la férocité n’était pas nécessaire, imposant quasiment un monologue noyant, sous l’aptitude au maniement des mots et du langage, la moindre velléité de contradiction, de réplique ou de curiosité !

Ce n’était plus une émission politique. C’était un politique en roue libre.

Le comble est que, si on le laisse ainsi se déployer à l’avenir, il multipliera ces morts médiatiques par étouffement.

J’en suis presque au point de souhaiter sa présence au second tour de la présidentielle pour que son adversaire ait le courage de lui opposer une véritable contradiction et qu’on n’entende pas que lui, sûr de son fait et fier de sa verve.

Parce que là se trouvait sans doute la clé. Les journalistes plaisantaient avec lui de leur effacement parce qu’il leur faisait peur.

Extrait de : La mort par étouffement : la méthode Mélenchon

17 janvier 2017

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