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Blog - Editoriaux - Livres - Musique - Presse - Table - 5 octobre 2014

Jean-Jacques Goldman, créateur d’un antisystème exemplaire…

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[…] Je viens de lire Le Mystère Goldman, d’Éric Le Bourhis.

C’est l’analyse qui m’a parue la plus fine, la plus empathique du parcours exceptionnel de ce chanteur et de cette personnalité encore plus admirée grâce à l’exemplarité d’une retraite en même temps réservée et solidaire. Je ne sais si Jean-Jacques Goldman appréciera cet ouvrage ou si, même, il le lira. Le titre en résume mal l’esprit qui laisse croire à la dénonciation “d’un système” alors qu’au contraire, l’influence considérable de Jean-Jacques Goldman dans et sur le milieu des variétés – en particulier avec le rituel généreux des Enfoirés – n’a rien qui s’apparente à une organisation et à une structure étouffantes et totalitaires.

Pour le reste qui est, depuis des années, l’essentiel, Jean-Jacques Goldman est à mon sens le créateur d’un anti-système, tant sa singularité, sa liberté, son allure, la constance d’une existence fidèle aux principes de son père devenus si sincèrement les siens qu’il n’y a pas le moindre écart entre soi et sa quotidienneté, son engagement jamais ostensible et, plus globalement, une manière d’être dont la simplicité constitue l’heureuse identité, démontrent à quel point il est aux antipodes d’une construction délibérée de son image et de son aura.

Le récit d’Éric Le Bourhis est d’abord passionnant parce qu’il rapporte beaucoup de propos de Jean-Jacques Goldman. Ce qui me frappe tient au fait que “la bêtise n’est jamais leur fort” et qu’ils ne sont jamais neutres ni indifférents. En permanence, à quelque date que ce soit, ils expriment, ils font valoir la différence de Jean-Jacques Goldman.

Il y a, ainsi, de multiples pépites dont l’illustration ne provient pas seulement du contraste avec la médiocrité facilement constatable de la plupart des chanteurs – un Marc Lavoine et un Julien Clerc, il est vrai, y échappent – mais surtout de l’intelligence et de la lucidité de Jean-Jacques Goldman.

Si je n’avais à prendre qu’un exemple, je ferais un sort à sa perception positive de la timidité, de la fragilité et de la solitude durant l’adolescence car elles susciteraient le désir puissant, plus tard, de les vaincre grâce à la musique, à la libération intime qu’elle permet et à l’extraversion qu’elle impose.

Pour qui place au plus haut la liberté d’expression et donc une forme de combat dont il convient d’accepter la rançon – je la paie volontiers avec les commentaires sur mon blog et certains tweets qui me sont destinés –, j’avoue ne jamais me lasser de cet épisode du 20 décembre 1985.

Jean-Jacques Goldman, en plein succès et avec de triomphales tournées mais exaspéré par les snobs, les mépris élitistes et les critiques incendiaires, se paye une page de publicité originale : y étaient rappelées, contre lui, les coupures de presse assassines avec seulement l’ajout manuscrit suivant : “Merci d’avoir jugé par vous-mêmes !”

J’adore qu’en cette circonstance qui mettait en évidence le hiatus entre la consécration populaire qui seule compte et le jugement pincé de quelques-uns, il n’ait pas tendu l’autre joue. Je rends hommage à sa franchise quand il s’affirme “terriblement, maladivement et pathologiquement rancunier”. Je ne déteste pas ce point commun qui fait que, si je connais peu la rancune pour ce qui me regarde personnellement, je la cultive sans nuance quand il s’agit de mes enfants.

Grâce à Éric Le Bourhis, on apprend aussi que beaucoup de chansons devenues célèbres composées par Jean-Jacques Goldman avaient été proposées, alors qu’il était peu connu, à des chanteurs en vogue comme Michel Sardou et Johnny Hallyday et que ceux-ci et leur entourage, dénués de toute clairvoyance, les avaient négligées. Ironie du sort : réputé, il serait sollicité, courtisé par ceux qui avaient confondu stupidement qualité avec médiatisation. De quoi nourrir sans doute encore davantage cette distance critique de Jean-Jacques Goldman à l’égard de la gloire et de son relativisme !

[…]

Extrait de : L’antisystème Goldman

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