Avec l’approche de Noël revient le désormais traditionnel conflit de l’installation des crèches dans l’espace public. À Béziers, où Robert Ménard est opposé au préfet, à Beaucaire, où Julien Sanchez est convoqué au tribunal administratif. Les chrétiens sont-ils, désormais, coupables de « séparatisme » ?

Réponse de Jean-Frédéric Poisson au micro de Boulevard Voltaire.

 

Robert Ménard et la préfecture sont en conflit au sujet de cette crèche installée dans l’hôtel de ville de Béziers. Ce conflit intervient tous les ans depuis que Robert Ménard est à la mairie de Béziers. Pensez-vous que les crèches de Noël ont toutes leur place dans l’espace public de cette France laïque ?

Elles ont toutes leur place en France. Une crèche c’est évidemment le rappel de l’épisode fondateur du christianisme, la naissance de Jésus Christ qui est devenue d’une certaine manière bien plus que cela. La portée symbolique de la crèche s’est considérablement élargie de la même manière que la fête de Noël. On ne peut pas nier qu’aujourd’hui, Noël soit seulement une fête chrétienne. C’est un moment de partage, de paix et on parle même de trêve des confiseurs en matière d’économie et de politique, un moment de respiration dans notre société qui appartient à tout le monde, mais conformément à l’esprit d’universalité du christianisme. La portée symbolique d’une crèche est telle que son interdiction de respect de la laïcité est complètement unique.

Cet après-midi au tribunal administratif de Nîmes, le maire de Beaucaire, Julien Sanchez était attaqué par la préfecture du Gard pour avoir organisé une exposition culturelle de crèches provençales dans sa ville de Beaucaire. La laïcité française est-elle appliquée ou est-elle mal comprise par l’État ?

Elle n’est pas mal comprise, mais elle est devenue un instrument de lutte contre la présence du fait religieux dans la société, alors qu’à l’origine, elle est conçue comme la garantie de la neutralité de l’État en matière religieuse. J’espère que le maire de Beaucaire et le maire de Béziers ont en tête l’ordonnance du Conseil d’État de mai dernier que nous avions remportée. Elle rappelait très clairement ce qu’était l’esprit de la laïcité, c’est-à-dire, la neutralité de l’État et non pas la neutralité de la société. Autrement dit, la laïcité à la française consiste dans le fait que, précisément parce que l’État est neutre en matière religieuse, il peut garantir toutes les modalités d’expressions des croyances religieuses dans la société, y compris dans l’espace public à partir du moment où l’ordre public n’est pas perturbé. Voilà la conception de la loi de 1905. Cette conception ne plaît pas à tous les croyants et je peux les comprendre. En attendant l’esprit est celui-là.
Tout cela me paraît exorbitant, de la conception de la laïcité telle qu’elle est inscrite dans notre droit et tel que le Conseil d’État en rappelait l’esprit au printemps dernier.

Beaucoup de gens sur les réseaux sociaux interpellent les pouvoirs publics. Ils mettent sur le même pied d’égalité, le séparatisme, l’islamisme, crèche de Noël et manifestation pour la messe.

Il faut rappeler à ces malheureux internautes plusieurs choses. Premièrement, les manifestations pour demander le rétablissement de la messe ont été autorisées par les préfets.
Il n’y a donc pas de problèmes particuliers à ce que les gens se réunissent dans la rue pour réclamer ce qu’ils veulent à partir du moment où les autorités publiques leur en donnent la possibilité.
Deuxièmement, je veux rappeler ici que le christianisme et l’islam ne peuvent pas prétendre à la même place dans la société française parce qu’ils n’ont pas la même place ni dans notre culture et dans notre mode de vie, mais aussi dans notre Histoire. Il n’est donc pas injuste de traiter de manière différente le christianisme et l’islam. Le séparatisme musulman, je ne parle pas de séparatisme islamiste, mais de séparatisme musulman a des idées très claires de déstabilisation et de fracturation de la société française de notre pays et de notre peuple. Ce qui à ma connaissance n’a jamais été l’intention de tous les fidèles qui réclament le droit d’aller à l’Église, au temple ou ailleurs, particulièrement ces derniers temps. Cette espèce d’amalgame n’a aucun sens. Il relève d’une manière extrêmement primaire de regarder les faits religieux et son expression dans l’espace public. Il contribue à faire le malheur des autres. On peut nier sans cesse le fait qu’il y ait une dimension spirituelle et une aspiration religieuse. L’esprit de liberté dans lequel nous sommes aujourd’hui devrait garantir à tous les croyants la possibilité d’exercer leur foi et leur culte comme ils le veulent et de trouver, y compris dans l’expression d’un certain nombre de manifestations publiques, le signe de l’existence de leur foi et de leur culte.

1 décembre 2020

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