Jean-François Colosimo au Kosovo

On ne peut que savoir gré à Marianne (du 24 décembre 2015) de jeter un coup de projecteur sur la triste réalité du , surtout lorsque le témoin est un esprit aussi distingué que . Tous ceux qui ont été amenés à se pencher sur cette réalité en déposant les œillères imposées par trois décennies de désinformation peuvent témoigner que le tableau est – hélas ! -, dans sa noirceur, d’une impeccable justesse.

On n’en est que plus surpris par la « sauce » historico-politique dont l’auteur enrobe ses observations pour expliquer comment on en est arrivé là. On sent bien – avec la finesse et l’esprit indépendant qu’on lui connaît – qu’il essaie d’échapper aux visions préfabriquées qui s’imposent à notre compréhension des choses depuis les années 90 ; cependant, même s’il prend élégamment ses distances avec la “propension au manichéisme” des intellectuels de Saint-Germain-des-Prés “insouciants de l’histoire comme de la géographie”, il en reste, malheureusement, largement prisonnier.

La place faisant ici défaut pour examiner un certain nombre d’autres considérations assez surprenantes, on ira directement à l’essentiel : Colosimo croit pouvoir cerner la réalité présente en déclarant qu’“une purification [ethnique] a succédé à l’autre, que le projet d’une épuration massive [des Albanais par les Serbes] s’est effacé derrière la réalité d’une purge silencieuse [des Serbes par les Albanais]”. Il décrit une purification ethnique bien réelle, en cours dans le Kosovo indépendant, mais il ne met pas en doute que celle-ci est le revers de celle exercée par les Serbes avant l’intervention de l’OTAN, reprenant en cela la doxa assenée jour après jour depuis 1992.

Or – cette affirmation dût-elle surprendre, tant elle est contraire à la vérité imposée -, il n’y a jamais eu d’épuration ethnique menée ou même projetée par les Serbes à l’encontre des « Kosovars ». Si volonté tenace il y a eu d’un peuple d’éliminer l’autre et de prendre sa place, c’est toujours (du moins au XXe siècle) du côté albanophone qu’il faut la chercher. On s’explique mal, sinon, que la population albanophone du Kosovo soit passée de moins d’un tiers avant la Deuxième Guerre mondiale à plus des deux tiers dans les années 90.

Cela s’est opéré, certes, pour partie par l’apport d’une immigration d’Albanie (encouragée par Tito, dont les mobiles en la matière restent obscurs), par une croissance démographique inégale, mais surtout par l’élimination progressive de la population serbe, contrainte de s’exiler par des persécutions de plus en plus violentes. C’est d’ailleurs la raison d’être du discours de Milošević en 1989 à Kosovo Polije, dans lequel il déclarait qu’il fallait que ces persécutions cessent, discours parfaitement compris – voire approuvé – par la communauté internationale, jusqu’à ce que la formidable campagne d’intoxication lancée en vue de la sécession de la Croatie en inverse rétrospectivement les termes pour y voir la déclaration de guerre de la Serbie au reste de la Yougoslavie. Quant au terme même de “purification ethnique”, il a été introduit dans le fameux Mémorandum de l’Académie des sciences de Serbie pour dénoncer ces pratiques violemment discriminatoires de la population albanophone du Kosovo vis-à-vis des Serbes. Seule une monstrueuse imposture a pu faire de ce document la théorisation d’un projet génocidaire serbe. La proclamation du contraire n’avait pour but que de rallier l’opinion mondiale au projet de sécession voulu par les activistes « kosovars », les États-Unis et l’Allemagne.

(À suivre.)

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