Comment avez-vous réagi en apprenant l’assassinat terroriste de Samuel Paty ?

J’ai été horrifié, ayant moi-même subi des menaces de parents, dans l’indifférence de la direction de mon établissement, sinon même son soutien, à leurs critiques : la peur de paraître « islamophobe » rend lâche ! C’est apparemment ce qu’a vécu Samuel Paty, que la rectrice s’apprêtait, dit-on, à sanctionner. Et maintenant, on en fait un héros !

Depuis l’écriture de votre livre Kiffe la France et cet attentat de , quelle évolution peut-on acter ?

La situation se tend : les fondamentalistes se sentent en pays conquis, ils voient qu’en face, il n’y a pas de résistance (apprendre l’arabe à l’école !). Ils sont, à mon avis, encouragés par le formidable courant de haine qui déferle sur le Français « de souche », en toute impunité. Certain(e)s semeur-s-es de cette haine (et j’utilise à dessein l’écriture inclusive, que j’abhorre !) devant rendre des comptes à la Justice, bien autant qu’Éric Zemmour. J’y ajoute les repentances gouvernementales à répétition qui viennent remplir le tonneau des Danaïdes de notre culpabilité. Guerre d’Algérie, esclavage, colonisation, « racisme » de la police : stop !

L’affaire avançant, on commence à mesurer le degré de soumission, du moins du mot d’ordre « pas de vagues » qui semble sévir dans les rectorats. Réalité ? Lâcheté ? Négation du phénomène ? Pour quelles raisons ?

J’ai enseigné dix ans en ZEP et y ai vécu une expérience passionnante dans la relation avec mes élèves, pour la plupart musulmans, à qui je crois avoir transmis le respect de la France. J’en ai tiré des livres, Kiffe la France et Tarek, qui ont connu un certain succès. Eh bien, j’affirme qu’à aucun moment je n’ai reçu de quiconque dans l’Éducation nationale, qui forcément avait entendu parler de moi, la moindre marque de reconnaissance pour ce travail, que j’ai mené en franc-tireur puis, j’ose le dire, en martyr, quand mes collègues ont découvert « qui j’étais vraiment » (c’est-à-dire un catho de ). L’institution est entre les mains de la gauche la plus radicale, qui nie absolument que l’islam puisse constituer un « problème » en tant que tel. Son programme génétique, depuis Jean Macé, Jules Ferry et Ferdinand Buisson, est l’éradication du catholicisme, rien d’autre. Et elle y est assez bien parvenue.

Comment reconquérir le cœur de ces enfants à qui on a appris la haine de la France ?

Mon expérience – que je raconte dans mes deux livres – est qu’on ne peut toucher l’intelligence de ces enfants qu’en touchant leur cœur, c’est-à-dire, comme le disait déjà Simone Weil (la philosophe) dans L’Enracinement, « en leur donnant quelque chose à aimer, et [que] ce quelque chose [soit] la France ». Il ne faut pas s’étonner que des programmes fondés sur la haine de la France, dispensés par des enseignants formatés dans les mêmes idées, n’engendrent que de la haine. J’ai eu, le mois dernier, les « honneurs » de Charlie Hebdo dont une « journaliste » s’était infiltrée dans une de mes conférences et ne pouvait calmer son fou rire : j’avais, parmi d’autres exemples, dit que mes élèves étaient passionnés par l’histoire de Jeanne d’Arc et les sacrements de la religion catholique. Eh bien, oui, chère Madame dont je n’ai pas retenu le nom, je persiste et signe, dussiez-vous en mourir de rire ! Je viens de consacrer deux jours, avec une association, à faire découvrir le lyonnais à une cinquantaine de jeunes du 9.3 accompagnés de leurs parents : théâtres romains, cathédrale Saint-Jean et basilique de Fourvière, Vieux-Lyon, ils n’attendent que de tout connaître, et de tout aimer !

Entretien réalisé par Marc Eynaud

20 octobre 2020

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