Je suis obligé de revenir à Jean d’Ormesson.

Parce qu’il est toujours là, heureusement, et qu’il ne se laisse pas oublier pour la littérature et la politique.

Et l’analyste s’est livré, pour la télévision suisse, à quelques appréciations que je trouve très discutables mais dont je sais qu’elles ne choqueront personne, tant ce sémillant nonagénaire est protégé par son âge, son statut et son alacrité médiatique. Quel mal pourrait donc bien surgir de ses magnifiques yeux bleus !

J’avoue qu’il m’agace parfois avec son double registre, souriant et urbain d’un côté, acide et faussement naïf de l’autre.

Le velours. Avec quelle coquetterie il se félicite d’être l’ami, à la fois, de et d’Alain Juppé et comme il jubile de se plaindre drôlement : "Malédiction, les présidents de gauche m’aiment" ! C’est une personnalité qui mourrait au figuré d’être rejetée, de ne pas séduire et de ne pas pouvoir se dire aimée par tous ceux qui comptent à Paris et, d’abord, le pouvoir et son cercle. La mondanité n’a pas d’odeur. Tout est bon à prendre qui vous flatte, verse de l’encens, s’émerveille de votre jeunisme et vous convainc à chaque seconde que vous êtes unique, irremplaçable.

Et Jean d’Ormesson sait que rien de grave ne peut lui arriver puisqu’il peut tout dire, tout se permettre et que son immunité est absolue. Son venin lui sera forcément pardonné puisqu’il y aura eu le velours avant ou pendant.

Pourtant, il sait faire mal, mine de rien.

Nicolas Sarkozy "s’agite, comme toujours excessif". C’est tellement consubstantiel au personnage que cela relève plus d’un constat que d’une critique.

En revanche, sur Alain Juppé, c’est plus mesquin, presque condescendant ; comme si Jean d’Ormesson était en service commandé.

Il "s’inquiète un peu de son éventuelle victoire" car il le voit comme "un Hollande de gauche allié à Bayrou", est persuadé "qu’il ne fera rien, qu’il sera quelque chose entre Chirac et Hollande à cause de son alliance avec le centre", tout en concédant qu’il est "remarquable et très intelligent, raisonnable et rassurant".

Perfidie pour finir : "Il ne s’enthousiasme pas lui-même".

Quelle importance pour Jean d’Ormesson que ces gracieusetés puisque je ne doute pas que s’il rencontre Alain Juppé, il fera mille grâces à celui-ci et qu’il l’ajoutera avec allégresse, s’il est élu, à son tableau de chasse des présidents de la République !

Cette désinvolture de la moquerie me choque parce qu’elle ne sera jamais contredite. L’absurdité de son jugement sera accueillie avec faveur puisqu’il va dans le sens de la dérision à l’encontre d’un homme qui oppose trop de tenue à la légèreté des temps.

Et qu’il sort de la bouche de Jean d’Ormesson, un ami qui ne vous veut pas que du bien !

Extrait de : Jean d’Ormesson : le venin dans le velours…

24 octobre 2016

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