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Quand Jean-Christophe Cambadélis joue au père la vertu

Chacun a le droit de porter un jugement sur ce que les médias appellent le . Ceux qui ont le cœur à gauche cherchent à déconsidérer François Fillon, ceux qui l’ont à droite sont déçus ou indulgents, ceux qui n’aiment pas François Fillon lui trouvent tous les défauts, ceux qui l’estiment toutes les excuses. Mais les plus sages des deux camps relativisent cette affaire.

Quand le premier secrétaire du Parti socialiste, , déclare mardi matin sur BFM TV, alors qu’on l’interroge sur « l’honnêteté » du candidat de la droite, qu’« [il est] dubitatif quand [il voit] son rapport à l’argent”, on peut penser qu’il n’est pas le mieux placé pour parler d’honnêteté et jouer au père la vertu.

Car, enfin, il n’est pas si loin, le temps où il eut, lui-même, des démêlés avec la justice. L’affaire Agos, où il fut poursuivi pour abus de biens sociaux, lui valut, en janvier 2000, une condamnation à cinq mois de prison avec sursis et une amende de 100.000 francs. Quelques années plus tard, en 2006, dans l’affaire de la MNEF, il fut inculpé pour recel d’abus de confiance et condamné à six mois de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende.

De même, les présentateurs des principales chaînes de télévision s’indignent des sommes touchées par l’épouse de François Fillon ou ses enfants sans s’interroger sur la légitimité de leur propre salaire : surtout dans les chaînes publiques, où ils ne brillent pas tous par leur impartialité, alors qu’ils sont, eux aussi, rémunérés sur les deniers publics, c’est-à-dire par les contribuables, de toutes opinions.

Et voici que resurgit l’enquête sur les dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy et les fausses factures de la société Bygmalion ! La justice vient d’ordonner le renvoi en correctionnelle de l’ex-président de la République et de treize autres personnes. Nul doute que d’autres pères la vertu laisseront hypocritement entendre que, décidément, les rapports entre la droite et l’argent sont compliqués – oubliant de rappeler que la gauche connut, naguère, des scandales retentissants.

La campagne n’est pas encore descendue au-dessous de la ceinture, comme ce fut le cas aux États-Unis, mais elle se situe actuellement au niveau du portefeuille. Le plus grave, c’est que de telles affaires détournent l’attention des véritables enjeux de l’élection présidentielle : la confrontation des programmes et le choix d’un président de la République.

Machiavel écrivait que “l’expérience de notre temps montre que les princes qui ont fait de grandes choses sont ceux qui ont tenu peu compte de leur parole, et qui ont su, grâce à la ruse, circonvenir l’esprit des hommes ; et à la fin ils ont vaincu ceux qui se sont fondés sur la loyauté”. Cette analyse montre cyniquement que politique et morale appartiennent à deux ordres différents : nombreux en sont les exemples dans l’Histoire. Pas de quoi s’en réjouir : c’est plutôt une illustration de la misère de la condition humaine.

Ce n’est pas aujourd’hui qu’on sortira de ce débat. Mais, au moins, que les pères la vertu de tout poil évitent de s’ériger en censeurs ! Qu’ils se regardent dans une glace avant de donner des leçons ! Souhaitons simplement que les Français soient suffisamment informés et fassent preuve d’assez de discernement pour choisir, non pas forcément le plus vertueux des candidats, mais le moins immoral et le plus utile aux intérêts de la France.

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