Je vous écris depuis le pays mossi, au cœur du Burkina Faso. Dès la sortie de l’avion, nez, gorge, yeux, déjà desséchés par la clim, subissent l’agression des poussières sahéliennes et urbaines. Beaucoup, d’ailleurs, portent des masques dans le grand flot de circulation des deux-roues. Pays pauvre de travailleurs acharnés. Mais ce qu’on note, désormais c’est ce mélange inédit de peur, d’appauvrissement et d’inquiétude sur l’avenir.

Ici, à quelques heures d’avion de nos propres banlieues, se joue notre avenir. L’, en pleine expansion démographique (deux milliards d’habitants en 2100), est la source principale de l’immigration en Europe. Mais l’expansion économique ne suit pas. Pourtant, l’Afrique est un énorme gisement de matières premières. Exportées le plus souvent en l’état. Le coton brut, produit avec l’aide technique de la Cie française des textiles, part en Chine et en revient sous formes de pagnes… On roule japonais ou coréen. L’industrie minière, 100 % non française, se sert des cartes du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

La France ? Elle devra abandonner la coopération de papa et proposer des projets de codéveloppement pour industrialiser le continent. Tant qu’il nous reste les matériels et le savoir-faire… Ne plus verser à Bruxelles notre part de budget développement : faire nous-mêmes. Car en Afrique, on parle français. Produire ici l’acier consommé ; et le textile… Moins de fonctionnaires et plus de PME. Accompagner les projets de coentreprises portés par nos paysans, nos PME industrielles.

L’Afrique et la France ont une histoire singulière, qui attend une nouvelle page, amicale, fructueuse ; un partenariat égalitaire.

Or, l’avenir à court terme de l’Afrique est menacé : les guerres civiles, leurs séquelles, le terrorisme, des crises politiques, des sorties de crise laborieuses (Burkina). L’immixtion chinoise (BTP, transports, mines, pétrole, agriculture, textile), massive, corruptrice, accompagnée par une “Banque mondiale chinoise”.

Après l’attaque islamiste au cœur de Ouagadougou en janvier dernier, de nouvelles attaques, contre l’armée, ont eu lieu (en décembre, au nord : 14 morts). Les bandes, lourdement équipées, viennent du Mali, du Niger : les Ouagalais sortent désormais avec une inquiète parcimonie. Depuis leur “révolution” (relativement) retenue, les affaires, qui avaient subi un coup d’arrêt, ne reprennent pas. À Ouagadougou, des dizaines de chantiers abandonnés dressent de sinistres cubes grisâtres, orbites béantes. Les enfants des rues plus visibles que jamais ; les jeunes cadres pestent contre l’apathie économique du gouvernement. Et sa curieuse politique salariale : décuplement (!) des salaires des juges (bac+5) et blocage de celui des médecins (bac+8). Le gouvernement est assailli de demandes corporatistes, de grèves. On rappelle, de plus en plus souvent désormais, que l’idée de réforme constitutionnelle qui allait emporter Blaise Compaoré lui avait été soufflée par… Roch Kaboré : l’actuel président.

Étonnant Burkina : le Mogho Naâba (empereur des Mossi) y a un rôle politique officieux, rare, mais décisif. Un clergé animiste est officiellement reconnu. Les conversions dans le sens islam-christianisme y sont de plus en plus nombreuses. Le président se rend à la messe à la cathédrale.

“Viva Africa” hurlent de méga baffles installés devant une échoppe de stéréo, m’obligeant à changer de trottoir pour sauver mes tympans. Ils y croient. Et nous aussi, nous devrions croire en nous, la grande France dont parlent ici avec respect les anciens ; et en ce continent si fragile et si puissant.

8 janvier 2017

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