Culture - Editoriaux - Entretiens - Justice - Le débat - Politique - 14 novembre 2016

“Je suis le seul à dire que l’islam pose problème à la République !”

Dans un article récent de La Vie, on lit que vous êtes inclassable, à la fois d’extrême droite et de gauche. Vous le revendiquez ?

Je suis un chrétien social ; si ça se classe nulle part, tant pis. La colonne vertébrale de mon engagement politique, c’est le respect de la vie, de la conception à la mort naturelle. Ce qui ne veut pas dire que je me désintéresse, bien sûr, de ce qui se passe dans l’intervalle ! On me dit que lutter contre l’avortement, c’est d’extrême droite. Je me souviens que le Parti communiste, il y a 50 ans, fustigeait l’avortement comme un « confort bourgeois ». En fonction des sujets que je défends, je peux me situer d’un côté ou de l’autre de l’échiquier, je suis de temps en temps d’accord avec les frondeurs socialistes – sur le travail dominical, sur le TAFTA, sur la loi Travail, sur le dialogue social – et je suis, globalement, davantage d’accord avec Marion Maréchal-Le Pen qu’avec NKM, je l’ai redit sur le plateau de LCI il y a quelques jours.

Puisqu’on en parle et puisque vous vous êtes récemment réjoui de l’élection de Trump, il est actuellement un candidat hors système que tout le monde se plaît à considérer comme le Trump français : Marine Le Pen. Et pourtant, lors du dernier débat sur les primaires, vous l’avez renvoyée dos à dos avec Hollande. Cela ne vous dérange pas de soutenir Trump mais ça vous dérange de soutenir Marine Le Pen ?

Ça n’a rien à voir. Marine Le Pen est dans le système, son parti est comme les autres. Les thèmes conservateurs qui étaient autrefois dans le logiciel du FN ont été mis de côté. Ça commence par la question du respect de la vie avant la naissance. Et je vois une dérive extrêmement dangereuse sur la laïcité, la conception de l’éducation… Est-ce que cela disqualifie le FN lorsqu’il parle d’autres sujets ? Non. Si je parle volontiers avec Robert Ménard, c’est que je reconnais la manière dont il veut traiter les problèmes endémiques de sa ville, sur des sujets que le FN porte dans le débat public depuis longtemps et qui n’ont pas été écoutés à tort : le sentiment d’abandon, de dissolution, de disparition de l’identité française ou de la France tout court… je reconnais au FN cette légitimité-là. Mais j’ai également porté ces éléments-là dans le débat, notamment lors du premier débat des primaires.

Par ailleurs, pour diriger un pays, il faut lui assurer un minimum de tranquillité. Le FN ne me paraît pas en mesure de le garantir. C’est à la fois de son fait et pas de son fait, mais c’est comme ça.

Enfin, lorsque Marine Le Pen publie la liste des parlementaires de l’opposition avec lesquels elle travaillerait volontiers, je n’y suis pas.

Tout mis bout à bout, je dis que je ne voterai jamais pour François Hollande qui a mis la France à genoux, mais il faudrait des conditions programmatiques aujourd’hui peu probables pour que je vote Marine Le Pen. Monsieur Philippot, qui fixe aujourd’hui la ligne du FN, a une vision de la France aux antipodes de la mienne. D’ailleurs, il ne rate pas, lui-même, une occasion de le répéter. Sophie Montel, qui milite pour l’avortement, m’a traité sur Twitter de « sale petit antisémite haineux”.

Mais je ne prétends pas qu’au FN, il n’y ait pas des gens attachés à la vision que je porte. Je les sais mal à l’aise en ce moment, ils s’interrogent beaucoup, car la ligne a changé.

Marine Le Pen est la seule, néanmoins, à promettre d’abroger la loi Taubira. Et, en 2012, elle s’était attiré les foudres médiatiques pour avoir osé parler d’« avortement de confort ».

Ce que vous dites est vrai, mais malheureusement, c’est du passé. Nous parlons des élections de 2017, pas de celles de 2012. Alain Juppé, en 1995, prônait une immigration zéro et le renforcement de la justice. Ce n’est pas le passé qui m’intéresse, mais l’avenir.

Pour évoquer un de ces sujets que le FN porte dans le débat public, que comptez-vous faire concernant « les migrants » ?

Si on n’est pas capable de les accueillir dignement, il ne faut pas les accueillir ! Parce que ce n’est pas leur intérêt, et parce que ce n’est pas non plus l’intérêt des Français. La position du pape François a évolué et je suis ravi de cette évolution, parce que quand il nous demande d’ouvrir nos cœurs à la charité, il fait son métier de pape, mais moi je suis un responsable politique, je dois veiller à ce que les conditions d’exercice de la charité demeurent possibles. Dans l’esprit des chrétiens sociaux dont je suis, on s’enrichit à accueillir quelqu’un quand on le peut. Mais quand on ne peut pas, il ne faut pas le faire car on ne s’enrichit plus, on se détruit.

Pardon d’insister, mais quand bien même la France, sur le plan économique, pourrait les accueillir « dignement », quand bien même, sur le plan sécuritaire, il n’y aurait pas une menace terroriste aussi prégnante, ce raz de marée migratoire ne troublerait-il pas le chrétien que vous êtes ? Le cardinal Sarah a dit, récemment au micro de Boulevard Voltaire, qu’il craignait que l’Europe ne meure, il s’inquiétait de la submersion de notre culture par d’autres cultures…

Si, bien sûr. Et je suis le seul à dire que l’islam pose problème à la République. Pas seulement le radicalisme islamique… l’islam ! Et j’observe que même Marine Le Pen ne le dit plus. Donc, elle est d’accord avec Alain Juppé. Il faut poser les problèmes en vérité, et c’est une vérité. Je réclame l’installation du droit du sang, je veux qu’on stoppe l’immigration – légale ou pas – et qu’on lance un programme de codéveloppement avec les pays d’origine. C’est mon programme.

Le vote du premier tour approche. Avez-vous vécu le ralliement de Sens commun à François Fillon comme une trahison ou vous y attendiez-vous ?

C’est terrible, quand on s’appelle Sens commun, de prôner le vote utile à un premier tour d’élections primaires ! Sens commun confond premier et deuxième tour, la conciliation avec la conviction. François Fillon va être donc récompensé pour tout ce qu’il n’a pas fait quand il était Premier ministre ? C’est injuste. Je n’ai donc pas vécu le choix de Sens commun comme une trahison mais comme une injustice.

Entretien réalisé par Gabrielle Cluzel

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