Comment réagissez-vous face à l’unanimité des hommages autour de Nelson Mandela ?

Je crois à la totale pertinence du modèle anticolonialiste dans notre propre cas, celui de la France colonisée. En ce sens, Mandela est un exemple encourageant. Il a libéré son peuple du joug d’une minorité oppressante, dotée d’un formidable appareil policier, puissante, riche, compétente, souvent installée dans le pays depuis plusieurs siècles, et qui avait fait de l’ du Sud un pays infiniment plus prospère et développé que tous les autres pays africains. Nous n’avons pas affaire à si forte partie, nous. Si coloniser, c’est mettre en valeur, nos colonisateurs à nous ne colonisent rien du tout. Ils ne sont pas moins violents que le pouvoir blanc dont Mandela et les siens sont venus à bout, mais ils ne sont pas du côté de l’ordre, fût-il policier et répressif. Ils sont au contraire du côté de la gabegie, de l’incapacité politique. Ils n’assurent pas la prospérité économique du pays, ils sont au contraire largement responsables de sa ruine, de l’effondrement de son système de protection sociale et du désastre de ses comptes publics. Évidemment, ils sont nombreux. Mais pas tellement plus, en proportion, que ceux dont l’Algérie a estimé, en 1963, que la présence n’était pas compatible avec son indépendance recouvrée — ce que le reste du monde, à l’époque, a parfaitement compris…

Vincent Peillon a décidé de s’attaquer aux classes préparatoires, pourtant perçues comme un symbole de la réussite française. Faut-il toujours niveler par le bas ?

Bien sûr, l’égalité est à ce prix. Et il ne s’agit plus seulement de l’égalité sociale, mais aussi, bien entendu, de l’égalité ethnique, étape indispensable vers la suprématie des colonisateurs. Ils connaissent moins bien que les indigènes la culture indigène, c’est normal : donc il faut que la culture indigène soit détruite. La méthode a déjà été éprouvée avec succès : prolétaires et petits-bourgeois connaissaient moins bien que les bourgeois la culture bourgeoise, qui était à peu près la culture tout court. Donc il fallait que la culture bourgeoise fût détruite. Les deux remplacements, le petit et le grand, ont la même structure.

La France intervient depuis quelques jours en RCA. Avons-nous les moyens de ce genre d’opérations et devions-nous intervenir là-bas ?

Ah, là, c’est un point où la majorité de vos lecteurs et moi ne sommes pas du tout d’accord, je le crains, et où je suis très minoritaire parmi les patriotes. Je ne comprends pas d’ailleurs qu’on puisse se dire patriote et souhaiter l’effacement de la France, comme si elle était un quelconque Luxembourg ou Costa Rica. Je déteste les éternels et rituels « la France n’a rien à faire là-bas », « ce ne sont pas nos affaires », etc. Et je trouve déplorable que chaque fois qu’un de nos soldats est tué, l’opinion publique, même patriote, soit aussitôt favorable à un retrait, à un abandon. Nous avons affaire mondialement à un adversaire pour qui la vie n’est rien. Si chaque fois qu’un de nos soldats est tué il faut lui faire des funérailles nationales aux Invalides avec le chef de l’État, et organiser le voyage sur place des familles, qui ensuite feront un procès à la hiérarchie, nous sommes perdus. Cela dit, vous avez raison, nous n’avons pas les moyens d’intervenir. Mais c’est une honte, que nous ne les ayons pas. Nous nous ruinons pour notre propre colonisation et disparaissons comme puissance militaire et comme puissance tout court.

Vous manifestiez dimanche dernier aux côtés de Résistance républicaine notamment pour “sauvegarder les fêtes chrétiennes”. Quel bilan ?

Oh, décevant, bien sûr. Le nombre des manifestants était décevant, moi-même j’étais très décevant. Mais Christine Tasin est aussi éloquente qu’énergique, elle, et Paul-Marie Coûteaux a très bien expliqué pourquoi nous ne pouvions pas perdre. Courage ! Il y aura encore bien des défaites et bien des déceptions avant la victoire. Elles sont le pavé dont est tracé notre chemin.

10 décembre 2013

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