Editoriaux - Polémiques - 20 mai 2019

« Je baise la France » : Benoît Hamon relativise et Nick Conrad s’enlise

« Je baise la France, baise la France, jusqu’à l’agonie. » Le rappeur Nick Conrad est très remonté. Dans son clip, sa souffrance crève l’écran. Au volant d’un cabriolet Audi flambant neuf, l’opprimé clame sa haine de la France. Même pas les moyens de s’acheter une Ferrari. L’injustice est flagrante. Tant qu’il y est, il étrangle au passage une jeune fille blanche… Sans doute la fille du concessionnaire de la marque italienne.

Au micro de Sud Radio, Benoît Hamon exprime son désaccord avec ce déferlement de haine et de bêtise mais voit une certaine similitude avec des artistes provocateurs tels que « Brassens, Gainsbourg et beaucoup d’autres ». Mozart, Rembrandt, Pascal Obispo, Platon… La recette de la ratatouille culturelle est disponible sur le site de Benoît Hamon.

L’une des provocations les plus violentes de Georges Brassens s’exprime dans sa chanson « Hécatombe » au cours de laquelle il dit adorer les pandores (les policiers) sous la forme de macchabées. Le mangeur de kebab ne s’est pas aperçu que ce genre de propos était tenu dans un contexte non explosif. Raison pour laquelle l’affaire n’avait pas fait scandale à l’époque. Il s’agissait du traditionnel folklore anti-flics. Les paroles ne jetaient de l’huile sur aucun feu. Nuance que le cuisinier de la culture ne semble pas percevoir. L’indifférenciation mène sa réflexion. Nick Conrad et Brassens dans la même marmite. Touiller pendant cinq minutes, laisser reposer et servir tiède.

Dans l’émission les « GG », sur RMC, l’intéressé, le Nick Conrad en rade d’inspiration, se défend de toute démarche haineuse. Oh la la, non ! Mais qu’allez-vous chercher là ? Le clip débute avec « un avertissement qui demande un esprit de distanciation au spectateur ». Soyons flou. Ce qui est montré n’est pas ce qu’on voit. Et inversement. La distanciation peut, par ailleurs, consister à se placer à 150 mètres de l’écran pour visionner le clip. À cette distance, rien ne choque.

Concernant la jeune fille qui se fait étrangler, là encore, nous faisons fausse route. Le poète dévoile le mode d’emploi de sa mélopée : « Il y a une petite note à la fin du clip qui explique que ce qui est étranglé, c’est la mentalité française. » « Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » criait Arletty. Dans ce cas, la victime a une tête de mentalité. Elle mérite la punition qui lui est infligée. Nous voilà rassurés. Mais où est la mention qui prévient que l’artiste a du talent ? « Les paroles et les images de ce clip pourraient laisser à penser que l’artiste n’a aucun talent. Il n’en est rien. Il est très fort… en marketing ! »

Après les Blancs pendus et la France baisée, que va-t-il rester à ce brave Nick Conrad pour son prochain CD ? Les révisions de l’Audi, l’essence et l’assurance pourraient avoir raison de ses royalties et le mettre encore plus en colère. Les garagistes sont inquiets. Un appel à les pendre serait mal vécu dans la profession.

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