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Editoriaux - 15 mars 2016

Jean-Christophe Cambadélis pratique l’amalgame et met sur un pied d’égalité résultats d’élections et terrorisme

Dimanche soir, , ravagé, a confié son insondable angoisse sur Twitter.

« Alarme brune en Allemagne, attentat à #GrandBassam et #Ankara. La spirale de l’horreur est en marche. »

37 morts à Ankara, 16 à Grand Bassam, sans compter les centaines de blessés… On pousse un cri de frayeur, on se ronge les ongles, on pense à notre nièce en programme Erasmus, on cherche sur Google : combien d’innocents assassinés en Allemagne ce week-end ? Combien de cris de terreur et de scènes de panique ? Combien de déflagrations, de cadavres sanglants qui jonchent le sol ?

Aucun, bien sûr. C’est à des résultats électoraux, qui font montre d’une forte poussée du parti “populiste” allemand AfD, que fait allusion Jean-Christophe Cambadélis.

Comment cela, rien à voir avec du terrorisme ? La preuve que si : Cambadélis, lui, est terrorisé. Il est comme tout un chacun, il a besoin de gagner sa croûte, et celle du PS se réduit de jour en jour comme peau de chagrin. Alors si même les Allemands se mettent à voter pour « l’extrême droite », ce n’est plus une épidémie préoccupante, c’est une pandémie catastrophique ! Pour sa petite entreprise, s’entend.

Comment cela, mettre sur le même pied des élections démocratiques et des attentats meurtriers est aussi délirant qu’insultant pour les victimes, et montre que le Parti socialiste, aux abois, a complètement perdu la boule ? La preuve que non : à droite – enfin, disons au centre -, on profère les mêmes inepties. Corinne Lepage, ancien ministre d’Alain Juppé, a dégainé rigoureusement le même tweet : « Sombre journée. 2 attentats et des résultats électoraux en Allemagne qui s’inscrivent dans la montée des partis d’extrême droite en Europe. »

À ceux qui, sur Twitter, font remarquer le caractère pour le moins choquant de son parallèle, elle se défend : « Un attentat avec des morts et un vote extrême droite ne sont évidemment pas comparables et je n’ai pas fait d’amalgame. Mais ces deux faits témoignent de la crise démocratique et des attaques qui lui sont portées (sic). »

L’avocat qu’elle est ne peut pourtant pas ignorer le sens d’une conjonction de coordination. Qui dit « Sombre journée. Le PSG a perdu et ta mère est morte » perd aussi sec un ami, outré et affreusement blessé. Auquel on pourra toujours charger Corinne Lepage d’expliquer – ce que les gens peuvent comprendre de travers ! – qu’il ne fallait voir là ni comparaison, ni amalgame.

On peut ironiser à l’infini, mais on devrait surtout sérieusement s’inquiéter. Si les résultats d’un scrutin mené dans des conditions parfaitement légales – quelqu’un a-t-il entendu parler de bourrage d’urnes, d’intimidations, de pressions, d’irrégularités ? – sont comparés à la fois par un proche du pouvoir « de gauche » et par une proche de celui qui le brigue en 2017 pour « la droite » à des attentats, c’est que c’est la démocratie elle-même que nos « élites » assimilent à du terrorisme.

On conviendra que, pour éradiquer le terrorisme, tous les moyens sont bons. En sera-t-il de même pour venir à bout de la démocratie, devenue « spirale de l’horreur en marche » à partir du moment où elle souffle dans une autre direction que la leur ?

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