Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Très grand

Le swing de ce titre est très “Chic” (Nile Rodgers et Bernard Edwards). C’est avec le premier que Daft Punk a véritablement décroché la timbale, grâce à “Get Lucky”. Le succès de vos confrères a-t-il parfois le goût de l’amertume, vous, l’éternel oublié des Victoires de la musique – avec Pascal Obispo, pour faire bonne mesure ?

Pas du tout. “Get Lucky”, ce n’est pas ma tasse de thé, mais il y a d’autres titres de Daft Punk que j’apprécie énormément, et le dernier tube de Pharrell Williams, “Happy”, est assez merveilleux de concision et d’élégance.

La rose de sang

Encore du funk… Quelque part entre Prince et Rick James… Si cette chanson devait être reprise par un illustre soulman, quel serait votre choix ? Otis Redding ? Bill Withers ? Barry White ? Bobby Hebb ?

Oh, ce serait merveilleux, je crois que je profiterais du fait que Little Richard soit toujours en vie, j’aime les voix masculines assez féminines et délicates.

Bar Hemingway

Là encore, et nostalgie… Comme si une belle chanson ne pouvait évoquer l’avenir. Malédiction ou cahier des charges ?

Ni l’un ni l’autre. D’abord, je suis plus mélancolique que nostalgique. Je ne reproche pas à la période actuelle de vouloir faire des choses nouvelles, au contraire, il y a tellement de choses à inventer et à améliorer dans tous les domaines !

La seule chose qui me navre, c’est quand on remplace quelque chose d’impec par quelque chose de moins bien, ou le faux authentique : on vit dans un pays qui n’est pas menacé par l’innovation mais par le folklore, le chauvinisme sportif, un culte du terrain complètement bidon. Quand on parle d’ collective, on ne réalise pas toujours qu’une rue piétonne avec des colombages représente l’équivalent hexagonal des malls. Et le soap le plus bébête ne parviendra jamais au seuil d’atrocité et d’irrespect du public d’un épisode de Joséphine, ange gardien.

Bardot’s dance

Voilà qui aurait pu être un tube de camping. À ce propos, que vous inspire cette autre scie qu’est “Quand il pète il troue son slip”, de Sébastien Patoche ? Et, accessoirement, qu’a pensé la principale intéressée de cette chanson, la femme dont vous partagez les initiales ?

J’ai envoyé le disque à (83990 Saint-Tropez). Quelques jours plus tard, j’ai reçu une photo de BB en cuissardes période Harley-Davidson avec un mot adorable. Je pensais qu’il s’agissait d’une blague d’un ami, mais il y avait dans l’enveloppe des autocollants anti viande halal, c’était bien elle… Quant à Seb Patoche, franchement, ce genre de truc a toujours existé : Sim, Bézu, etc. Ça ne me gêne pas du tout, beaucoup moins que la pseudo-qualité française pour auditeurs CSP+.

Follow me

Et revoilà Amanda Lear et son tube d’antan… Muse de Salvador Dalí, ayant couché avec quasiment tous les Beatles et les Rolling Stones. Alors qu’aujourd’hui, même une Zouzou écrit ses mémoires, façon ancien d’Indochine, est-ce que le disco ou le rock ont encore quelque chose à nous dire ?

J’ai le sentiment que le rock a atteint le même stade que le jazz ou la musique classique, c’est, dans l’ensemble, une langue morte et en même temps, c’est ça qui est difficile et intéressant : comment exprimer des choses qui, si possible, n’ont pas été exprimées exactement de la même façon auparavant ? La difficulté, ce n’est plus de faire des chansons bien fichues, c’est qu’elles ne soient pas vaines, que ce ne soit pas un simulacre ou un pastiche. Et en même temps, toutes les évolutions profondes et véritables en musique se sont construites sur des influences revendiquées, sur le sentiment qu’on tourne en rond.

Waiting for rain

Jolie ballade, mais pourquoi, dans toute votre discographie, n’y a-t-il jamais de solos de guitare ? Racisme anti-Clapton ?

Vous avez raison. J’aime le jazz et l’improvisation mais je n’aime pas quand cela tourne à l’exercice sportif. Un pianiste comme Ahmad Jamal, un guitariste comme Philip Catherine, les musiciens de Can, ce sont des gens qui parviennent à improviser avec concision, en s’écoutant, sans monter et descendre à toute vitesse sur leur manche ou leur clavier, autrement ce n’est pas de l’improvisation, ce sont des gammes.

Aux Cyclades électroniques

Très French Touch… Ça vous énerve, que des groupes comme Air ou Phoenix vous aient piqué l’appellation, alors que vous étiez l’historique précurseur du genre ?

Pas du tout. D’abord, un groupe comme Phoenix ne m’a rien emprunté (et leur premier hit, “If I Ever Feel Better”, n’a pas pris une ride), et puis je crois qu’il me manquait un sens de l’habillage cosmétique pour que mes tâtonnements prennent commercialement. J’en ai voulu à Air de m’avoir un peu fliqué avant leurs premiers disques et après de faire comme s’ils ne me connaissaient pas, mais je mets ça, paradoxalement, sur le compte d’un manque de confiance en eux. Et mes morceaux, même avec le marketing dément dont des groupes comme ça ont bénéficié, n’auraient probablement jamais pu cartonner comme les leurs. Ce serait assez tentant pour moi, et confortable, de mettre mon insuccès relatif sur le compte d’une trop grande qualité, ou de je ne sais quelle persécution ; ce n’est pas en raisonnant comme ça qu’on avance et qu’on progresse.

Anonyme amour

Voilà qui sonne comme du Nino Ferrer de la grande époque. Encore un autre méconnu… Au fait, vous aimez “Le Sud” et “La maison près de la fontaine” ?

Énormément, même si Nino Ferrer n’a jamais été un « grand méconnu », plutôt quelqu’un qui était fatigué d’être associé à des premiers succès rythm’n’blues comme “Le Téléfon” ou “Mirza”, qui étaient excellents, mais qu’il avait dépassés par la suite. Lorsque j’enregistre à Paris, je vais d’ailleurs rue Championnet chez CBE, le studio de Bernard Estardy, qui a beaucoup apporté à des chansons comme “Le Sud”, et à des milliers d’autres. Estardy est il y a sept ans. Sa fille Julie a repris le flambeau, comme Gang et Ferber (où nous tournons le “Ben & Bertie Show” pour la télévision) c’est un endroit et une équipe formidables.

Sans titre

Son d’orgue à la Billy Preston ! Plus violons à la rescousse… Une symphonie de poche à la Phil Spector. C’est quoi, votre secret ?

Il n’y a aucun secret, toutes mes « recettes », toutes mes influences (ici principalement Bohannon), je les mets toujours sur la table, par respect des sources, et aussi pour ne pas en être prisonnier. Le texte de “Sans titre” a été écrit par mon vieil ami Sen Yattanoel, qui l’interprète. On imagine un repas de famille qui tourne au règlement de comptes, implacable : « Pendant que leurs mouflets bavent des hormones, il veulent que je me taise comme une bonne… »

Ma rencontre

Paroles signées de Philippe Katerine, qui met en scène la rencontre de Bertrand et de Burgalat. À ce sujet, quels sont les gens que vous regrettez n’avoir jamais rencontrés ?

Il y a quelques années, j’avais répondu à une question similaire dans une interview et j’avais cité Roland Moreno (inventeur de la carte à puce) et David Bowie. Le premier m’avait ensuite contacté et j’ai eu le bonheur de le rencontrer et de le connaître. Reste donc Bowie.

13 avril 2014

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