Editoriaux - Livres - 2 juin 2016

J’ai entendu les poilus grogner toute la journée !

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Dimanche 29 mai 2016, on commémorait la bataille de Verdun, la mère des batailles. On ne sait plus où donner du chrysanthème.

Le spectacle offert par nos gouvernants est-il pathétique, est-il affligeant ? À vrai dire, les mots font défaut. Ils se dérobent face à l’outrance. Toutes ces pantalonnades, toutes ces gesticulations de façade en guise de recueillement quand le silence s’imposait. Je parle du silence des gouvernants, ceux qui auraient intérêt à se faire tout petits, à se faire oublier.

Silence, Messieurs ! De grâce, un peu de silence, un peu de décence ! N’avez-vous donc aucune retenue, aucune dignité ?

Au lieu de cela, non content de se montrer, on se pavane, on fait le beau, on pose pour la photo… On est fier de soi, on bombe le torse, on se congratule… On s’épingle des breloques, on signe des livres d’or, on va jusqu’à se sentir autorisé (comble de l’inconvenance et de l’obscénité) à donner des leçons au monde entier. Quel affront pour ceux qui sont tombés…

J’ai entendu les poilus grogner toute la journée.

Ce n’est pas le comportement des jeunes qui m’a révolté. Ce n’est pas leur chorégraphie qui m’a écœuré, ni leurs chants, ni leurs cris, ni même leurs piétinements ; ce n’est sûrement pas leur touchante bonne volonté. De tout cela, je me serais facilement accommodé.

C’est le comportement indigne de ceux qui s’acharnent à réunir les conditions d’une nouvelle catastrophe, bien pire encore, pour demain, et la portion de l’humanité dont ils sont chargés d’assurer la sécurité — quelle ironie du sort ! —, c’est-à-dire les enfants et petits-enfants de ceux-là mêmes dont, précisément, ils prétendent honorer la mémoire aujourd’hui.

J’aurais préféré un concert de rap, moins déplacé, moins indécent… ah oui, alors ! Tout, oui tout, plutôt que les simagrées des responsables de l’horreur qui vient, de l’horreur qu’ils nous organisent de nouveau avec soin, consciencieusement, opiniâtrement, soit aveuglément, c’est-à-dire idéologiquement, soit cyniquement, par lâcheté et renoncement, depuis bientôt cinquante ans et le funeste d’Estaing.

En doutiez-vous encore ? Français, vos aïeux sont bel et bien morts pour rien !

Toute la journée, j’ai entendu les poilus grogner. En vain !

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