Accueil Culture Jacques Chancel : mourir trois fois en seize jours, est-ce bien humain ?
Culture - Editoriaux - Livres - Médias - Musique - Sciences - 6 janvier 2015

Jacques Chancel : mourir trois fois en seize jours, est-ce bien humain ?

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Fin décembre, la nouvelle de la disparition de Jacques Chancel a bouleversé la France mais aussi les citoyens du meilleur des mondes : celui des amoureux de la vie, de la musique, des livres, des sciences et de la culture en général, et Dieu sait que la liste est loin d’être exhaustive tant était immense l’intérêt que cet homme remarquable portait à ses frères humains.

Jacques Chancel a quitté ce monde le 23 décembre 2014. Les médias l’ont honoré de la plus belle façon et pour notre plus grand plaisir.

6 janvier 2015. Quatorze jours se sont écoulés depuis le dernier soupir rendu. En l’église Saint-Germain-des-Prés vient d’avoir lieu une cérémonie religieuse où le Tout-Paris et tutti quanti s’est rendu, chaussés pour certains de leurs habituelles lunettes noires en plein hiver.

Quatorze jours écoulés avant d’honorer un homme resté modeste qui n’en demandait pas tant : c’est que tout ce beau monde était ailleurs, en vacances sans doute. Toutes ces belles personnes, sur les pistes de ski ou sous les tropiques, ou simplement indisponibles après consultation de leur agenda fourni. Des abonnés absents en ces moments importants de la vie dont la mort fait partie…

Voilà qui donne à réfléchir.

Chez les musulmans, tout est bouclé en 48 heures et ce n’est pas plus mal. C’est même plus sain. À l’époque où le téléphone n’existait pas, le téléphone arabe, lui, permettait déjà à des centaines de gens de converger vers la demeure du défunt pour lui dire adieu et manifester solidarité et compassion. On pleurait ensemble, on mangeait ensemble, on vous faisait une place pour dormir.

Aujourd’hui, dans notre monde occidental civilisé, on vous met au frigo mais, à en croire le contact dur comme pierre des derniers baisers déposés sur le front ou les lèvres du défunt, il s’agirait plutôt de congélation.

Le délai légal entre cette mise en consigne d’un être humain et l’inhumation ou crémation est de 24 heures minimum et six jours maximum, mais jouer les prolongations reste toléré. Et pendant ce temps-là, à la demande d’un membre de la famille venu vous pleurer ou s’assurer avant le jour des obsèques que vous êtes bien mort, on vous exhibe, glacé, rigide, livide et en costume-cravate pour les hommes, élégante et subtilement maquillée pour les femmes.

Quatorze longs jours d’attente pour Jacques Chancel avant la cérémonie religieuse. Mais ce n’est pas tout : il ne sera inhumé qu’au seizième jour, dans sa propriété des Pyrénées.

À tout prendre, mieux vaut mourir musulman(e). Aux proches qui souffrent seront épargnées de longues nuits où l’on se représente en pleurant un père, une mère, un mari, une épouse ou un enfant, transi de froid dans un méchant casier numéroté.

Mourir trois fois en seize jours, est-ce bien humain ?

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