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Audio - Editoriaux - Justice - Politique - Table - 26 novembre 2016

Jacqueline Sauvage et son crime, loin des postures contre-productives

Je n’ai pas vocation, même en tant qu’ancien avocat général à la cour d’assises de Paris, à me pencher sur telle ou telle affaire criminelle. En général, quand je m’en suis mêlé, c’était pour dénoncer les ignorances et les préjugés, les approximations politiques et médiatiques et, parfois, la tonalité vindicative et superficielle avec laquelle on pourfendait certains arrêts de condamnation.

Ainsi, au moins à deux reprises, j’ai été conduit à écrire sur Jacqueline Sauvage, son crime, sa condamnation au mois d’octobre 2014 à dix ans de réclusion, confirmée en appel au mois de décembre 2015. Je suis intervenu plusieurs fois dans l’audiovisuel pour soutenir qu’il y avait eu, prétendument pour sa sauvegarde mais à son détriment un scandale politico-artistico-médiatique puis, l’effervescence heureusement apaisée, qu’il était temps de traiter sa situation avec équité.

Le 12 août 2016, le tribunal de l’application des peines (TAP) de Melun refusait de lui octroyer le bénéfice d’une libération conditionnelle pour un double motif qui, à première vue, semblait étrange. D’une part Jacqueline Sauvage aurait risqué de se trouver encore en "position victimaire" et, d’autre part, elle n’avait pas encore pris suffisamment conscience de la gravité de son acte. On exigeait d’elle une contrition et une lucidité qui, à ma connaissance, à ce niveau procédural, n’étaient pas habituellement requises.

Jacqueline Sauvage, après avoir hésité, décidait d’interjeter appel et on apprend que la cour d’appel de Paris, contre toute attente, puisque le parquet général ne s’était pas opposé à ce qu’on fasse droit à sa requête, a aussi rejeté la demande de libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage, qui est aujourd’hui âgée de 68 ans.

Il existe, sans doute, une argumentation fondée et donc respectable au soutien de ce nouveau refus.

Je n’ose croire qu’il pourrait obscurément faire payer à Jacqueline Sauvage une quadruple rançon dont elle n’est pas responsable.

Celle d’une défense absurde.

Celle d’une indécente immixtion présidentielle avec le bénéfice d’une grâce partielle le 31 janvier 2016.

Celle d’un comité de soutien, pendant quelque temps ostensible et arrogant, qui, pour être mondain et indigné, était totalement contre-productif pour la cause de Jacqueline Sauvage. Il s’était heureusement effacé par la suite, dûment chapitré.

Celle, enfin, d’une malheureuse condamnée qui se voyait propulsée comme emblème d’une lutte féministe dont elle n’était pas, au demeurant, la représentante la plus exemplaire.

Jacqueline Sauvage va pouvoir à nouveau déposer une demande.

Je ne voudrais pas qu’à force de refus, on finisse par nous faire oublier son crime : le meurtre d’un mari violent abattu, un soir, après des années, dans le dos.

Extrait de : Jacqueline Sauvage : un crime, une énigme

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